L’e-relation intergénérationnelle

Enquête sur les interactions entre grands-parents et petits-enfants via internet : Une nouvelle forme de relation intergénérationnelle.

Saran Dama et Marylaure Juvenal

 

Sommaire:

 

Introduction

I – Internet, « logique de compensation » à distance

II – Internet, moyen de consolidation des relations intergénérationnelles

III – Internet, source de solidarité intergénérationnelle

Conclusion

Bibliographie

Annexes

Introduction

Actuellement en première année de Master en Sciences Humaines et Sociales, nous avons été chargé, dans le cadre du cours de sociologie du Web, de réaliser un dossier alliant sociologie et internet. Ce thème étant assez vaste, nous avons voulu nous focaliser sur quelque chose de plus précis et notamment, la relation grands-parents/petits-enfants via internet. En 2012, selon l’INSEE, d’après l’enquête Technologies de l’information et de la communication, 62% des personnes âgées entre 60 et 74 ans disposaient d’un accès internet à leur domicile. Nous pensons donc que les grands-parents à la retraite sont de plus en plus nombreux à être équipé d’internet et à communiquer via internet avec leurs petits-enfants. Nous nous sommes donc demandé, de quelles manières les interactions entre les grands-parents et leurs petits-enfants via l’utilisation d’internet peut représenter une nouvelle forme de relation intergénérationnelle ?

Nous avons émis plusieurs hypothèses qui nous permettrons de répondre à cette réflexion et qui constituerons par la suite les grandes parties de ce compte-rendu d’enquête :

Premièrement, nous supposons que les grands-parents et leurs petits-enfants communiquent par internet principalement lorsqu’ils sont éloignés géographiquement. Ici internet est vu comme une compensation à la distance géographique, car cela permet de communiquer en temps réel tout en étant loin physiquement. Nous pouvons nous demander si l’échelle géographique à une influence sur la fréquence et la qualité des interactions entre ces individus.

Deuxièmement, nous pensons qu’internet permet de consolider les relations grands-parents/petits-enfants. Internet est vu ici comme une prolongation des relations qui sont déjà existantes. Cela permet de continuer des conversations qui avaient déjà été entamées face à face mais également de partager des activités ensemble grâce à internet, pour ainsi maintenir des relations qui peuvent être intenses entre ces deux acteurs.

Troisièmement, nous supposons qu’il existe une solidarité intergénérationnelle de la part des petits-enfants envers les grands-parents. Les petits-enfants peuvent aider les grands-parents en ce qui concerne l’installation des équipements, d’applications, mais également l’utilisation. Nous voulons également vérifier si cette solidarité intergénérationnelle fonctionne dans l’autre sens, c’est-à-dire si tous les seniors savent utiliser internet sans avoir recours à d’autres personnes pour les aider. Même si l’on suppose ce prochain questionnement peu commun, nous voulons savoir s’il existe à l’inverse, une solidarité descendante c’est-à-dire des anciennes générations aux plus jeunes.

Pour pouvoir réaliser notre enquête, nous nous sommes focalisés sur des seniors participants à la chorale de l’Eglise Saint Germain, à Fontenay-sous-Bois, dans le Val de Marne (94). En effet, une voisine Monique, qui à notre connaissance est grand-mère et utilise internet, a été notre fil conducteur pour choisir notre terrain d’enquête. Ayant discuté avec cette dernière, nous avons su qu’elle faisait partie de la chorale de l’Eglise Saint Germain, nous lui avons ainsi demandé s’il était possible de faire passer le mot de notre enquête auprès de ses collègues de la chorale pour qu’on puisse par la suite obtenir des contacts et ainsi pouvoir réaliser nos entretiens. Cette chorale nous semblait un moyen accessible d’être en relation avec des seniors, qui pour certains ont des petits-enfants (informations données par Monique) et qui pouvaient éventuellement se servir d’internet pour communiquer avec eux. Nous avons réussi à obtenir 3 contacts avec lesquels nous avons pu réaliser des entretiens. D’après les dire de Monique, certains de ses collègues avaient internet et des petits enfants cependant ils ne l’utilisaient pas pour communiquer avec leurs petits enfants mais plutôt à des fins personnelles et utilitaires, ce qui ne nous convenait pas pour notre enquête. Par ailleurs, en raison d’un nombre insuffisant de membres de la chorale compatibles avec notre enquête, nous avons réalisé deux entretiens avec des personnes extérieures à cette chorale mais habitant également en Ile-de-France.

En raison, d’incompatibilité d’emplois du temps et finalement pour faciliter les entrevues, les entretiens réalisés auprès des membres de la chorale, se sont fait uniquement par téléphone après avoir préalablement établie un premier contact téléphonique pour fixer d’un rendez-vous. L’un d’entre eux devait se réaliser par Skype mais des problèmes de connexion nous ont encouragés à poursuivre l’entretien téléphonique. Les deux autres entretiens avec Michèle, 62 ans et Roseline, 69 ans se sont fait en face-à-face au domicile respectif des enquêtées. Les informations recueillis ont été très intéressantes pour répondre à nos hypothèses de départ. En effet, les réponses obtenues nous ont permis de croiser certaines pratiques entre les trois individus, ce qui a permis de révéler différents points de vue ou pratiques, certaines similaires, d’autres contraires mais toutes aussi pertinentes. Les trois personnes interrogées, deux hommes (Clément, 66 ans et Gilbert, 63 ans ) et une femme ( Monique, 72 ans ), sont tous les trois retraités et possèdent chacun plusieurs petits enfants voire arrières petits-enfants ( notamment Gilbert ) qui habitent pour la plupart assez loin de leur lieu de résidence, voire dans des pays différents ( Monique ). Tous ont été très sympathiques lors de nos entretiens, répondant assez naturellement, malgré quelques moments d’hésitations ou de réflexions lors des réponses. Nous n’avons pas ressenti de gêne ou de retenue de leur part comme de la nôtre malgré une conversation avec des inconnus, le contact s’est établi au premier abord plutôt facilement. Pour le premier entretien, nous avons dû faire face à un imprévu concernant l’enregistrement, puisqu’en effet, le téléphone portable qui nous a servi à enregistrer les entretiens, émettait des ondes lorsqu’on le plaçait à côté du téléphone fixe, ce qui était très dérangeant. Nous avons cependant trouvé une solution, mettre le téléphone portable en mode avion, pour pouvoir enregistrer à la fois les paroles et pouvoir discuter audiblement. Nous avons donc dû refaire la première minute de la conversation dans laquelle il était question de se présenter, cependant l’incident de départ à vite était oublié au fil de l’entretien.

Tableau des caractéristiques des enquêtés :

Nom Age Lieu d’habitation Nombre de petits-enfants Matériel(s) utilisé(s) Dispositif(s) de communication utilisé(s)
Monique 72 ans Fontenay-sous-Bois 5 (6 à 16 ans) Ordinateur fixe Mails
Clément 66 ans Fontenay-sous-Bois 5 (2.5 à 10 ans) Ordinateur fixe Skype, Facetime,

Mails

Gilbert 63 ans Fontenay-sous-Bois 5 (2 à 21 ans) Ordinateur fixe, tablette, smartphone Skype, mails
Michèle 62 ans Provins 3 (7 à 13 ans) Ordinateur fixe, tablette Skype, Facebook (messagerie instantanée)
Roseline 69 ans Lognes 2 (10 et 12 ans) Ordinateur portable Skype, Mails
  1. Internet, logique de compensation à distance seulement ?

De manière générale, les relations qu’entretiennent les grands-parents et leurs petits-enfants grâce à internet peut se qualifier de « logique de compensation » (Laurence Le Douarin et Vincent Caradec, 2009). En effet, lorsque les premiers habitent à une distance géographique plus ou moins éloignée des seconds, les dispositifs de communication utilisés tels que Skype ou les mails peuvent être un moyen alternatif d’une relation à distance notamment lorsque les visites sont peu régulières voire ponctuelles.

a) D’un pays à un autre.

Prenons le cas d’une échelle géographique très éloignée c’est-à-dire lorsque les grands-parents et les petits enfants ne se situent pas dans le même pays. Le cas de Monique, 72 ans, étant la seule enquêtée correspondant à cette typologie, est de ce fait, très représentative. En effet, elle habite en France alors que la plupart de ses petits-enfants n’habitent pas dans le même pays qu’elle. Certains habitent à l’île de la Réunion, tandis que d’autres résident au Canada, seul son petit-fils Matthias, habite en France mais dans une région plus éloignée ( l’Aquitaine ). Ce qui rend ainsi les visites physiques plutôt rares, comme elle le dit « en général, je les vois une fois par an ». Le coût des voyages entre les différents pays, à la fois pour la grand-mère et pour ses petits-enfants explique ces faibles rencontres « ya que Matthias qui vient de temps en temps et Dimitri qui est venu une fois quand il était petit » et d’éventuels questionnements de la part des petits enfants « Mathis me demande des fois : mais mamie t’habite où ? C’est quand qu’on vient te voir etc… ». L’utilisation d’internet apparaît donc comme un motif explicatif pour combler le manque et maintenir le lien avec ses petits-enfants.

Cependant les dispositifs utilisés par Monique pour communiquer avec ses 5 petits-enfants sont assez rudimentaires puisqu’ils se limitent aux mails et à l’envoi de photos. Le thème de discussion principale se fait au sujet des loisirs ou des passions des enfants : « Mathis c’est plutôt la musique, les clips qu’ils regardent, la batterie, parce qu’il fait de la batterie, la musique c’est sa passion ! Marion, elle c’est le cheval et puis Mathias et Elsa c’est différent encore… En fait c’est différent selon les activités qu’ils font, leurs goûts, ils me demandent aussi des renseignements sur où j’habite… ». La scolarité prend cependant une plus grande place dans les conversations avec les petits-enfants plus âgés, l’intérêt pour la réussite scolaire et les perspectives d’avenir constitue un élément fondamentale dans ces conversations, les propos de Monique, illustrent cela « alors avec Dimitri je parle de ses études, de ses projets d’avenir… ». Les sujets de discussions sont donc différents selon l’âge et par conséquent, s’adaptent selon l’interlocuteur. Nous pouvons donc interpréter cela par le fait qu’on ne peut pas ou du moins on ne parle pas de la même chose ni de la même façon avec un enfant ou un adolescent.

La photo est très présente dans leurs relations via internet, en effet, elle symbolise le loisir : « qu’ils partent en vacances ou en colo, ils m’envoient des photos ou alors moi je leur envoie. Ou aussi quand les petites font du poney, elles peuvent m’envoyer des photos… ». C’est aussi une façon de partager, de manière régulière, un moment de leur vie et par ailleurs les voir grandir à distance : « c’est pour prendre des nouvelles quoi, c’est le moyen le plus efficace pour garder le contact ». Les contacts échangés par internet entre Monique et ses petits enfants font l’objet d’un certain rituel puisqu’ils sont réguliers (« plusieurs fois par mois ») à tranches horaires précisent (« le week-end entre 12h30/13h30 »). Cette relation intergénérationnelle par internet est une manière de se tenir au courant mutuellement, elle conforte une relation physique peu fréquente. La volonté d’installer prochainement un logiciel de vidéo-conférence renforce cette idée, elle apparaît comme l’étape ultime dans cette relation puisque la possibilité de se voir pourra se concrétiser. Par ailleurs, cette relation à distance par le web, s’accompagne régulièrement de conversations téléphoniques entre la grand-mère et ses petits-enfants, puisqu’en effet certains enfants ne savent pas bien écrire du moins sur un matériel informatique : « Ba en fait c’est vrai que les mails c’est plus avec Dimitri ou avec mes enfants parce que les enfants y connaissent pas grand-chose, c’est plus les photos qu’ils m’envoient, ou ils écrivent un tout petit peu mais c’est tout ».

 

B) D’une région à l’autre.

Nous voulons désormais observer si ce phénomène de « compensation » grâce à la discussion par internet, est valable à une échelle plus réduite c’est-à-dire au sein d’un même pays. De la même façon que pour le cas précédant, internet est utilisé principalement pour communiquer avec les petits-enfants qui sont les plus distancés géographiquement. En effet, internet compense la distance qui peut exister et apparaît comme un moyen de maintenir un lien entre les grands-parents et leurs petits-enfants. Néanmoins internet peut également servir à communiquer avec ceux qui leur sont proches spatialement mais de manière moins fréquentes, «on apprécie plus avec ceux qui sont plus loin quoi parce que avec les autres on arrive à se voir plus souvent» (Clément), Gilbert partage également cette réflexion « c’est quand ils habitent loin, quand on est près on utilise pas trop internet, on parle directement ». Internet compense donc la distance géographique et permet de communiquer en temps réel tout en étant éloigné géographiquement. Tout comme pour Monique, Internet s’inscrit ici pour Clément ou Gilbert dans une « logique de compensation » selon Laurence Le Douarin et Vincent Caradec.

L’outil privilégié pour communiquer avec ses petits-enfants est l’ordinateur sur lequel les individus possèdent plusieurs applications et logiciels qui leurs servent à communiquer comme Facetime et Skype. Ce type d’applications ou de logiciels, permettent d’avoir un contact visuel et un coût d’utilisation moindre – ceux sont des logiciels gratuits – que le téléphone par exemple ne permet pas. C’est d’ailleurs ce qui est apprécié avec ce genre d’outils « surtout quand on fait facetime ou ou euh ou skype bon bah c’est pour se voir quoi c’est comme si bah on était devant quoi…le contact est mieux» (Clément) ; « Avec Skype, on a l’image c’est beaucoup mieux c’est comme si on les avait en face de nous, et en plus c’est moins cher que le téléphone vu que c’est gratuit » (Gilbert). Pour Clément qui a des petits-enfants habitant plutôt loin géographiquement (à Mont-de-Marsan ou Grenoble pour les plus éloignés) cela lui permet de les voir assez régulièrement « en gros entre 1 fois par semaine et deux fois par mois quoi» ce qui ne serait pas le cas en l’absence d’internet.

En effet, la majorité des enquêtés aurait du mal à se passer d’internet pour communiquer avec leurs petits-enfants, la communication par téléphone souvent conjugué à la communication par internet, serai la première alternative en cas de disfonctionnement ou d’absence d’internet « je pourrai exceptionnellement me passer d’internet mais seulement en cas de panne par exemple » (Gilbert) Cependant, cette solution est jugée, moins naturelle, même si l’on entend la personne de vive voix, que les logiciels de vidéoconférence dans lesquels le contact visuel est l’atout majeur.

Internet permet d’entretenir les relations intergénérationnelles, en prenant et en donnant des nouvelles « c’est surtout pour prendre des nouvelles» (Clément), ce qui revient à parler des banalités du quotidien, comme on le ferait dans une discussion de face à face. Comme nous l’avons vu précédemment avec Monique, les thèmes de discussion abordés entre grands-parents et petits-enfants se rapportent souvent à la scolarité ou aux loisirs. Cependant, ce qui change entre l’interlocuteur c’est davantage la manière d’aborder le sujet, plutôt que le sujet lui-même. Pour les discussions avec les petits enfants les plus jeunes, ce sont souvent des questions assez basics, «bah les petits ils sont encore petits encore donc on va demander s’ils ont aimé l’école si, qu’est-ce qu’ils ont fait, s’ils ont dessiné ect, des trucs comme ça» ; « je leur demande si tout va bien à l’école, qu’est-ce qu’ils font le week-end, qui sont leur copains/copines… » (Gilbert). Lorsque les petits-enfants sont plus âgés, la discussion va devenir un peu plus poussée et s’orienter plus précisément sur leurs études « avec le plus grand c’est vrai que c’est un petit différent par exemple avec Nathan on va lui poser plein de question sur euh s’il a compris les mathématiques un truc comme ça» (Clément) ; « pour la grande, ça sera es questions avec un niveau un peu plus élevé sur ses études par exemple » (Gilbert).

Les autres dispositifs de communication comme les mails servent quant à eux, davantage à entretenir une relation entre les petits-enfants en âge d’écrire et envoyer des courriers informatiques. Cependant, le partage de photos apparait comme une activité réservée aux petits-enfants plus jeunes – l’aide des parents est ici, supposée – qui ne savent pas forcément encore écrire. En effet, l’image peut apparaître aux yeux des enfants comme une manière plus simple et plus accessible de s’exprimer, à un âge où pour raconter une histoire, l’image est préférée aux écritures : « avec les petits, les mails me servent que pour l’échange de photos » (Clément). Les photos sont par ailleurs, une façon de cristalliser un moment partagé lors de grandes occasions (anniversaires, fêtes religieuses, vacances…) ou montrer voire même raconter un moment passé en l’absence des grands-parents, qui valent d’être partagé avec les grands-parents, comme des vacances à l’étranger par exemple.

 

c) A proximité : internet abandonné ?

Réduisons, une nouvelle fois cette échelle géographique et intéressons-nous maintenant aux relations intergénérationnelles au sein d’une même région, avec une distance assez restreinte entre l’habitation des grands-parents et des petits enfants. La proximité géographique entre les membres d’une famille, privilégie généralement la relation physique d’une résidence à l’autre. Dans ce cas, Roseline, 69ans, apparaît comme le cas le plus significatif. En effet, elle habite à Lognes, en Seine-et-Marne et ses petites filles, Emilie et Lisa, à Paris. Elles habitent donc toutes les trois en région parisienne. Roseline, rend régulièrement visite à ses petites filles ou inversement mais interagissent via internet de manière plus ponctuelle notamment lorsque Roseline, grand-mère active, se rend à l’étranger : « comme j’aime beaucoup voyager, je pars à l’étranger environ deux fois par an, et… euh comme j’emmène mon ordinateur en général, j’en profite de temps en temps, quand j’ai une minute, pour faire du skype avec mes petites filles et leur raconter un peu… euh ba comment ça se passe quoi.». Les interactions via internet notamment grâce aux logiciels de vidéoconférence comme Skype reprennent donc cette « logique de compensation » à distance, mais de façon moins régulière. La visite à domicile ou le téléphone étant souvent le moyen le plus utilisé pour maintenir cette relation intergénérationnelle dans ce cas. L’autre dispositif utilisé par Roseline, est le mail. Ces derniers peuvent lui servir à envoyer des photos – utilisation semblable à tous les enquêtés – ou des fichiers avec sa fille ou ses petites filles mais servent moins à communiquer de manière intensive comme le ferai par exemple Monique avec ses petits-enfants. Pour certains enquêtés, la visite est un moment privilégié où l’on n’utilise pas internet ou très peu. Ils préfèrent profiter pleinement de leurs petits-enfants souvent vus occasionnellement. « Nan quand je vois mes petits-enfants, j’utilise pas internet » (Clément). Internet a donc plus une dimension de «  passerelle » entre les individus éloignés physiquement et tend à être laisser de côté lorsque ces individus sont réunis. Or, quelques enquêtés comme Gilbert, Roseline ou encore Michèle, parviennent tout de même à établir une relation «  de proximité » avec leurs petits-enfants grâce à internet. Cette relation peut par exemple, prendre la forme d’un moment privilégié à domicile tout en partageant une activité commune comme regarder un film ou faire un jeu collectivement sur internet. Cette relation, même si elle est différente comparée à une relation à longue distance, apparaît dans une logique de consolidation.

On observe ainsi que plus l’échelle de distance géographique est élevée, plus les individus ont recours à l’utilisation d’internet pour communiquer. Ces interactions apparaissent ainsi dans une logique alternative pour garder contact avec la famille éloignée, en palliant le manque de visites ou d’interactions physique en face-à-face. Néanmoins, comme aperçu précédemment, lorsque la rencontre entre les grands-parents et les petits-enfants est établie, la relation via internet est souvent reléguée au second plan pour laisser place à la relation affective réelle. Les individus préfèrent profiter des moments passées ensemble même si internet peut apparaître parallèlement comme une consolidation des relations intergénérationnelles au même titre que la visite en face à face.

II – Internet, consolidation des relations intergénérationnelles.

On observe une opportunité d’échanges, de partages entre les générations concernant internet. Les pratiques numériques des seniors ont connu ces dix dernières années un essor très important. Comme le dit Vincent Caradec, (2004) « D’abord réticents à la découverte de l’outil informatique, ils ont progressivement construit des pratiques nouvelles d’appropriation des outils numériques». Une de ces pratiques nouvelles peut être de consolider une relation grands-parents et petits-enfants autour de dispositifs et d’outils en lien avec internet. Nous verrons tout d’abord qu’internet consolide les relations intergénérationnelles en situation de coprésence puis qu’internet n’est pas exclusivement utilisé dans une logique de compensation à la distance géographique mais qu’au contraire cela peut consolider les relations intergénérationnelles en situation de proximité géographique.

 

a) En situation de coprésence

Dans cette partie nous allons voir que même lorsqu’ils se retrouvent, grands-parents et petits-enfants continuent d’utiliser internet dans leurs relations. Cette utilisation peut s’apparenter à une forme de consolidation des relations entre grands-parents et petits-enfants. En effet, lorsqu’ils se retrouvent, ils peuvent pratiquer des activités en lien avec internet. Internet peut être un moyen de consolider les relations grands-parents/petits-enfants car les petits-enfants découvrent, apprennent à utiliser des outils liés à internet qu’ils n’ont pas forcément l’occasion de manipuler dans leur quotidien avec leurs parents, «quand j’ai Norina qui vient à la maison elle est contente parce qu’elle peut jouer avec la tablette de mamie alors que chez elle il y a plus la tablette parce qu’elle a cassé celle de sa mère donc elle a pu le droit d’y toucher ou sinon faut être avec elle» (Michèle). Les grands-parents à la retraite ont parfois plus de temps et de patience pour faire découvrir aux plus jeunes des choses qu’ils ne connaissent pas. Dans un de nos entretiens, celui de Michèle, qui garde souvent une de ses petites filles qui habite non loin de chez elle, nous avons vu que sa petite fille était contente de la retrouver car chez Michèle, elle pouvait utiliser la tablette. Pour Michèle, le moment où elle retrouve sa petite fille pour lui montrer des films ou des jeux sur la tablette est pour elle un moment privilégié avec sa petite fille «Norina elle me dit mamie on regarde dora, mamie on fait le jeu des animaux puis elle commence à prendre la tablette alors je lui dit attend fais attention hein! parce qu’elle est toujours pressée… Puis on se met sur le canapé et là je lui montre puis on joue et elle est contente et puis bah moi aussi » (Michèle). Ici, nous avons donc observé que, même en étant en contact direct, les grands-parents en s’appropriant les outils numériques permettent de créer une nouvelle forme de relation intergénérationnelle lié à l’utilisation croissante d’internet, de consolider une relation déjà existante avec leurs petits-enfants.

Lors de retrouvailles, les grands-parents et leurs petits-enfants peuvent partager des moments autour de dispositifs liés à internet comme les applications qui contiennent des films, des dessins animés, des jeux… Cependant nous nous sommes rendu compte que même en habitant à proximité les uns des autres et en se voyant régulièrement, les grands-parents et les petits enfants pouvaient utiliser internet comme moyen de communication à distance.

b) En situation de proximité géographique

Dans cette partie nous allons voir que même lorsqu’ils habitent à proximité, grands-parents et petits-enfants peuvent communiquer via internet. Internet ne serait donc pas seulement un moyen de communication avec une logique de compensation à la distance géographique mais qu’une relation via internet peut exister entre le lieu d’habitation des petits-enfants et le lieu d’habitation des grands-parents. En effet, certains grands-parents entretiennent des relations intenses avec leurs petits-enfants. Même en étant proche spatialement, internet leur sert de moyen de communication pour entretenir cette relation. Dans notre enquête c’est le cas de Clément nous montre cela. Il communique par le biais d’internet avec tous ses petits-enfants, qu’ils soient à proximité ou éloignés à l’échelle géographique, « c’est vrai qu’on fait aussi avec euh Versailles ». Les petits-enfants de Versailles, sont des petits-enfants dont le lieu d’habitation se trouve relativement proche du lieu d’habitation de Clément qui habitent à Fontenay-sous-Bois. Ils arrivent à se voir assez régulièrement mais utilisent tout de même internet pour communiquer quand ils se retrouvent chacun chez soi, « bah Loriane par exemple elle elle aime bien se servir de l’ordinateur hein même si elle connaît pas grand-chose, elle veut faire comme si elle connaît et vu qu’elle voit les autres s’en servir bah elle aussi elle veut aller sur l’ordinateur alors euh…du coup elle m’appelle hein euh sur skype. [rire] Des fois c’est juste parce qu’elle vient de dessiner un euh un truc et elle dit à sa maman : faut que je montre à papi ! Du coup bah sa mère lui met skype et là elle me montre euh elle m’explique son dessin quoi» (Clément). Ici internet permet à cette petite fille de partager, d’échanger à tout moment avec ses grands-parents.

On remarque que dans les deux cas, celui de Michèle avec sa petite fille qui vient chez elle et qui partage un moment ensemble autour de la tablette et celui de Clément qui communique avec sa petite-fille qui habite près chez lui et qu’il voit régulièrement, qu’internet permet de consolider la relation entre grands-parents et petits-enfants. C’est une relation qui s’effectue souvent entre grands-parents et les plus jeunes petits-enfants (moins de 10 ans). La volonté des grands-parents d’apprendre à se servir d’outils, de dispositifs en lien avec internet et l’attrait des plus jeunes enfants pour ces outils, ces dispositifs font que les deux générations se rejoignent et entretiennent en quelque sorte une relation complémentaire dans le sens où les grands-parents peuvent pratiquer internet et les jeunes enfants découvrir internet en communiquant ensemble. Ils partagent ensemble quelque chose qui est nouveau pour eux, ils consolident donc leurs relations

 

III – Internet, source de solidarité intergénérationnelle.

Ainsi, afin d’utiliser le matériel informatique, de nombreux grands-parents ont eu besoin d’aide. Que ce soit pour apprendre à se servir d’un ordinateur ou pour installer des logiciels utilitaires, de communication, ou encore de loisirs. Cette aide peut prendre la forme d’aide familiale, amicale ou encore professionnelle, que nous pouvons rassembler sous l’expression « Solidarité intergénérationnelle » (Laurence Le Douarin, Vincent Caradec, 2009). Le développement de ces pratiques a notamment été sollicité par l’Etat à travers des opérations nationales « e-seniors » et « internet accompagné ». Ces pratiques numériques d’utilisation de l’outil informatique se sont très vite développées et ont franchi une étape supplémentaire par la construction chez les seniors de pratiques virtuelles régulières où l’Internet devient un outil de communication, de sociabilité et d’autoformation (Séraphin Alava, Nadège Moktar,2012).

a) Solidarité ascendante

La solidarité ascendante est une l’aide la plus commune, elle consiste à apprendre les bases de l’informatique ou donner un coup de main ponctuelle dans la réparation ou dans l’installation d’un logiciel, des jeunes vers les plus âgés. Il peut s’agir de petits-enfants s’y connaissant en informatique, des enfants dont c’est le métier ou qui l’utilisent assez régulièrement pour pouvoir donner des conseils ou encore d’aide de professionnels, globalement plus jeunes que les grands parents. Concernant l’aide requis auprès des petits-enfants, nous pouvons reprendre l’exemple de Roseline, qui grâce à sa petite fille Emilie 12 ans, sait désormais mettre les photos de son appareil photo sur l’ordinateur et les envoyer : «  comme je voyage souvent, mes enfants m’ont offert ya… un an et demi peut être ? Oui ça fait pas deux ans je pense… un appareil photo numérique et moi comme j’y connaissais rien, Emilie m’a appris à mettre les photos de mon appareil photo sur l’ordinateur, que je pouvais les envoyer après par courrier électronique etc… j’ai tout noté dans mon calepin pour m’en souvenir, parce qu’avec l’âge, vous savez, je perds parfois la tête ! (rires ) […] un jour je savais plus où je l’avais mis et bin j’étais bien embêtée ! Parce que comme je le fais pas souvent, ba ya des étapes j’oublies ! mais finalement je l’ai retrouvé, je l’avais pas rangé au bon endroit […] » On observe ici, tout d’abord une solidarité intergénérationnelle à plusieurs échelles, les enfants qui offrent l’outil informatique et les petits-enfants qui montrent comment s’en servir. Néanmoins la possibilité d’oublier est envisagée, d’où la volonté de le noter afin de pouvoir le réutiliser sans avoir de nouveau recours à de l’aide familiale, on peut en déduire une certaine ambition de réutiliser ce savoir-faire et ainsi se débrouiller seul.

Par ailleurs, l’objectif principal pour Monique concernant l’adoption d’internet était à la fois la volonté de garder contact avec sa famille et le côté utilitaire, l’accès à l’information. Cependant, de l’aide à était indispensable pour pouvoir utiliser le matériel informatique pour une personne qui ignorait tout dans ce domaine : « Mais je me voyais comme quelqu’un qui sait pas lire finalement je savais même pas allumer un ordinateur, donc je suis allée dans un cyber base ». L’aide principale requis dans cet exemple est le recours à un professionnel – un responsable de cybercafé – qui l’a initié aux savoirs de base concernant l’usage informatique et d’internet. Toutes fois, les moyens utilisés pour entretenir ce savoir informatique se diversifie autour de manuels d’utilisations ou de la famille notamment les enfants ou les petits enfants à qui des conseils ponctuels ou l’installation de logiciels sont demandés : « j’ai demandé par ci par là, à mes enfants, à mes neveux, […] j’ai déjà demandé une ou deux fois comment faire quelque chose, qu’il [Dimitri] m’apprenne des trucs… « . L’avis concernant le choix d’un prochain achat informatique, peut aussi faire appel aux des enfants ou petits-enfants experts. Par exemple, celui d’une tablette informatique en reprenant l’exemple de Monique : « ma fille en a une, et je trouve que c’est bien pratique, par exemple si je cuisine ou je fais quelque chose à côté ».

Dans cette forme de solidarité, les enfants des enquêtés jouent souvent un rôle majeur, c’est eux qui initient le plus souvent leurs parents, qui les conseillent dans l’achat d’un matériel informatique et peuvent même participer à cet achat : « la tablette, c’est mon fils qui me l’a offerte à Noël, l’année dernière » ; « C’est mon fils, comme il travaille dans l’informatique, il m’a montré comment faire » (Gilbert).

 

b) L’Autoformation

Pour deux des enquêtés, l’aide de la part de la famille ou des manuels a été plus ou moins superficielle pour finalement aboutir à l’autoformation. Cela consiste à se débrouiller seul et demander de l’aide en dernier recours. Ici, les deux cas qui peuvent illustrer ce propos sont des hommes, on peut donc supposer que la volonté de réussir par soi-même peut être une forme de fierté, de virilité, importante pour l’estime de soi lorsque l’on est un homme.

En effet, Clément, n’a eu besoin d’aide que pour des installations mineures. Il s’avait déjà utilisé l’outil informatique en raison de son utilisation dans son ancien métier (cadre aux Impôts) et a découvert les logiciels de communication de vidéoconférence comme Skype grâce «  à la notice d’utilisation fournit avec l’ordinateur […] mais en plus les premiers ordinateurs ont pouvait pas ». On dénote donc un intérêt significatif pour l’outil informatique et qui peut expliquer une certaine compétence du savoir et de l’histoire informatique. Il a cependant découvert Facetime, par le biais de ses enfants qui l’utilisaient comme solution alternative à Skype « parce que ya souvent des beugs avec Skype, Facetime ça [en] fait moins […] mais j’ai recherché par moi-même et après je l’ai installé ».

Gilbert quant à lui, peut d’une certaine manière illustrée cette autoformation, puisqu’il raconte que l’aide qu’il a reçu vient « surtout mon fils vu qu’il travaille dans l’informatique, yavait aussi les amis ou les manuels que j’ai acheté. Mais bon, c’était juste au début pour skype surtout parce que je savais déjà un peu les bases puisque j’avais pris quelques cours que la mairie avait organisé, donc je savais quand même un peu me débrouiller ». On observe donc qu’il a eu recours à différentes formes ». Comme le cas de Roseline, on observe une certaine volonté de se débrouiller seul, le savoir semble acquis notamment après avoir reçu des cours d’informatique. Le terme « au début » montre que l’aide d’autrui ne se fait que ponctuellement à ce jour.

 

c) Solidarité descendante

Si, l’aide intergénérationnelle se fait plutôt de manière ascendante et unilatérale c’est-à-dire des jeunes générations vers les plus ancienne, il existe tout de même – bien que minoritaire – une forme de solidarité descendante notamment avec les plus jeunes petits-enfants qui « n’y connaissent pas grand-chose ». Ils peuvent par exemple commencer à s’initier à internet ou à certain outil informatique en présence de leurs grands-parents. C’est le cas de Michèle, qui garde de manière régulière sa petite fille Norina, et qui l’initie par exemple à la tablette – outil informatique qu’elle ne possède pas la petite fille – en lui montrant comment mettre des dessins animés ou des jeux sur la tablette, afin qu’elle puisse l’utiliser lorsque sa grand-mère est occupée : « Mamie, on met Dora ? […] et du coup elle regarde ça quand je lui prépare son bain ou que je fais autre chose, elle essaye de débrouiller après, elle sait qu’il faut cliquer sur une autre vidéo si elle veut voir un autre épisode… ». On assiste donc à une aide qui vient des grands parents vers les petits-enfants. Internet peut également, par cet exemple, servir de « passe-temps » ou de « doublage » des grands parents. C’est une manière de les occuper lorsque les grands parents d’adonnent à une autre tâche en parallèle. Par ailleurs, l’usage d’internet est désormais devenu indispensable dans la vie de Monique, aussi bien pour ses utilisations personnelles que pour l’entretien du lien social entre ses petits-enfants, ou pour l’achat de cadeaux pour ses petits-enfants même si cela est plutôt exceptionnel. Les achats via internet peuvent notamment représenter une forme de solidarité intergénérationnelle descendante envers les petits-enfants. En effet, pour Monique puisque son petit-fils Dimitri, l’aide de manière ponctuelle avec internet, elle peut de la même façon utiliser internet pour le remercier des services rendus, en lui achetant des jeux vidéo sur internet « Ba des fois ça m’arrive de lui offrir un jeux vidéo que j’ai acheté sur internet vu qu’il m’a aidé à faire un truc sur l’ordinateur ». L’utilisation d’internet peut donc servir aux deux acteurs dans une logique de compensation mutuelle, le plus jeune rend un service avec cet outil informatique, et ce même outil informatique va permettre de le récompenser à son tour de la part de son ainé.

Conclusion :

Nous sommes parties du fait que les grands-parents à la retraite sont de plus en plus nombreux à être équipé d’internet et à communiquer via ce système avec leurs petits-enfants, afin de montrer tout au long de notre analyse, que les interactions entre les grands-parents et leurs petits-enfants via l’utilisation d’internet peuvent représenter une nouvelle forme de relation intergénérationnelle. Nous avons observé que l’acquisition d’internet chez les seniors était avant tout pour le côté utilitaire, l’accès à l’information mais correspondait également à une manière de garder le contact avec les membres de leurs familles et notamment leurs petits-enfants.

Pour l’analyse nous avons ensuite repris les hypothèses que nous avions formulé au départ afin de construire notre plan. Il a parfois été difficile de délimiter chaque partie notamment entre consolidation et solidarité puisque la solidarité intergénérationnelle permet d’une certaine façon de consolider les relations intergénérationnelles. De plus, les entretiens réalisés au départ par appels téléphoniques ne nous donnaient pas assez de matière pour pouvoir approfondir notre réflexion sur le sujet et par la même occasion répondre à toutes nos hypothèses. Cependant nous avons réussi à obtenir des entretiens de face à face qui nous ont permis de vérifier toutes nos hypothèses. Néanmoins, une certaine facette de ces relations n’a pas été explicitement montrer en raison d’informations peut nombreuses à ce sujet, mais il serait intéressant de voir si le nombre de dispositifs utilisés ou la variété d’activités entreprises entre les grands-parents avec les petits-enfants dépendent du métier anciennement occupé par les grands parents ou de l’intérêt porté au sujet d’internet.

Au sein de notre analyse, il apparaît donc qu’internet est pour les seniors une manière de compenser la distance géographique à différentes échelles qu’il peut y avoir entre le lieu d’habitation des seniors et le lieu d’habitation des petits-enfants. Internet peut également être un moyen de consolider les relations intergénérationnelles dans le sens où, comme on l’a vu, internet est pour les grands-parents et leurs petits-enfants une chose plutôt nouvelle qu’ils découvrent et pratiquent ensemble. Enfin internet, est vu comme une source de solidarité intergénérationnelle qui peut se faire de manière ascendante, c’est-à-dire des générations les plus jeunes vers les générations les plus âgées, et parfois même si cela est moins répandu, de manière descendante, soit des générations les plus âgées vers les générations les plus jeunes. Nous pouvons donc conclure qu’internet participe à l’émergence d’une nouvelle forme de relation intergénérationnelle.

Bibliographie :

 

 

  • Le Douarin Laurence, Cadarec Vincent, «Les grands-parents et leurs petits-enfants et les nouvelles technologies de communication», Dialogue, 4/2009 (n°1 86), p 25-35
  • Séraphin Alava et Nadège Moktar, « les seniors dans le cyberespace ». Recherches et éducations, 6 , 2012 p.179-196.
  • Caradec Vincent, Vieillissement et usage des technologies. Une perspective identitaire et relationnelle. In : Réseaux ,1999, volume 17 n°96 p.45-95
  • Dou Goarin Carine, «  La socialisation tertiaire des seniors » Empan 2/2014 (n°94) p.137-143

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Grille d’entretien :

 

 

         Présentation :

 

  • Pouvez-vous vous présenter en en quelques mots ?
  • Combien de petits enfants avez-vous ?
  • Quel âge ont-ils ?
  • Où habitent-ils ?
  • Comment gérez-vous la distance avec vos petits-enfants ?
  • De manière générale, comment communiquez-vous avec vos petits-enfants ?

Ici, nous allons nous intéresser plus spécifiquement à la communication via internet.

 

 

  1. Les interactions à distance entre les grands-parents et les petits enfants :
  • Quels types et combien de matériels informatiques disposez-vous ? sont-ils collectifs ou personnels ?
  • Quels types de dispositifs ou applications utilisez-vous pour communiquer avec vos petits-enfants ?
  • Que faites-vous avec chacun des dispositifs que vous avez cités ? Pourquoi ?
  • Pourquoi utilisez-vous ce dispositif pour telle activités plutôt qu’un autre ?
  • De quelles manières avez-vous découvert ces dispositifs ?
  • Avez-vous eu besoin d’aide pour les utiliser à leur installation ? Si oui, sous quelles formes ?
  • Quel genre de discussions avez-vous avec vos petits-enfants lorsque vous utiliser ces logiciels ?
  • Les conversations se font généralement avec des petits enfants qui habitent à côté de chez vous ou plus loin ?
  • Est-ce que les discussions que vous avez sont différentes selon l’âge de l’enfant avec qui vous êtes en interactions ?
  • A quelle fréquence discutez-vous avec vos petits-enfants ?
  • Cette fréquence vous suffit-elle ou jugez-vous qu’elle est insuffisante ?
  • En général à quel moment de la journée, discutez-vous avec vos petits-enfants via internet ?
  • Combien de temps les conversations durent en général ?
  • Qu’est-ce que la communication via internet vous apporte de plus qu’un autre type de technologie comme le téléphone ? De moins ?
  • Aujourd’hui, pourriez-vous vous passer d’internet pour communiquer avec vos petits-enfants ?

2. Les interactions directes entre les grands-parents et les petits enfants :

  • Vous arrive-t-il de faire des activités sur internet avec vos petits-enfants lorsqu’ils sont chez vous ?
  • Quel genre d’activités ?
  • Ces activités ont-ils un but précis ?
  • Servent-elles à faire passer le temps ? lesquelles précisément ? Pourquoi ?
  • Combien de temps durent ces activités en général ?
  • A quelle fréquence se fait-elle ? Et pourquoi ?
  • Vous arrive-t-il de laisser internet à vos petits-enfants pour pouvoir réaliser une autre activité à côté ?
  • Vous arrive-t-il de demander de l’aide à vos petits-enfants au sujet d’internet ? si oui, sur quels sujets ?
  • A l’inverse, vos petits-enfants, vous demandent-ils de l’aide ? Si oui, a quels sujets ?
  • Vous arrive-t-il de faire des achats sur internet pour vos petits-enfants ? Quel genre d’achats ? A quelle fréquence ?

Entretien Monique :

Bonjour Monique, avant de commencer l’entretien je vais vous rappeler la problématique de notre étude. Alors, nous avons choisi de nous interroger sur la manière dont les grands parents interagissent avec leurs petits-enfants via internet. Pour commencer pouvez-vous vous présenter en quelques mots ?

D’accord, alors moi c’est Monique, j’ai 72 ans, avant je travaillais aux impôts mais ça fait presque 20 ans que je suis à la retraite, parce que comme mon mari était malade et que j’avais 3 enfants, j’ai pu partir plus tôt. Euh et bah voilà.

Ok, alors combien avez-vous de petits enfants ?

J’en ai… 5.

Et ils ont quel âge ?

Euh alors… le plus grand Dimitri à 16 ans, après y a Marion qui à 9 ans, Matthias et Matthis ils sont tous les deux nés en… 2006 à quelques jours d’intervalles donc ils ont maintenant 8 ans, et Elsa la plus petite à 6ans.

Très bien, donc en fait l’entretien va se dérouler en deux parties, la première concerne les interactions à distance entre les grands parents et les petits enfants et la deuxième concerne les interactions lorsque les petits enfants sont chez les grands parents. Alors, quel type et combien de matériels informatique disposez-vous ?

J’ai un ordinateur et je compte bientôt me prendre une tablette.

L’ordinateur est à usage collectif ou plutôt personnel ?

Ba vu que je suis toute seule, c’est plus à usage personnel du coup ( rires )

Ah bah oui du coup, et du coup quel type de dispositif ou applications utilisez-vous pour communiquer avec vos petits-enfants ?

Alors moi j’utilise les mails et les photos parce que quand les petits font leurs activités, ou qu’ils partent en vacances ou en colo, ils m’envoient des photos ou alors moi je leur envoie. Ou aussi quand les petites font du poney, elles peuvent m’envoyer des photos...

D’accord et est-ce que vous utilisez des logiciels ou des applications qui utilisent la vidéoconférence ?

Ba je pense me mettre bientôt skype mais faut que je me renseigne avant pour voir comment ça marche en fait.

D’accord, et de quelles manières vous avez découvert ces dispositifs ?

Ba en fait je me suis sentie obligé de m’y mettre pour communiquer avec la famille et puis aussi pour moi-même, faire des recherches… Mais je me voyais comme quelqu’un qui sait pas lire finalement je savais même pas allumer un ordinateur, donc je suis allé dans un cyberbase. J’ai pris des cours avec le responsable du cyberbase et au bout de 10 jours je commençais à me débrouiller. Et après j’ai acheté un ordinateur.

Et est-ce que vous avez eu besoin d’aide pour utiliser votre ordinateur ? Si oui, sous quelles formes ?

Oui, bah du coup grâce au responsable du cyberbase j’avais déjà quelques notions mai sinon j’ai demandé par ci par là, à mes enfants, à mes neveux ou à ma belle-sœur parce qu’elle a pris des cours elle aussi. J’ai acheté un bouquin aussi, et puis voilà quoi.

Et maintenant quel genre de discussions vous avez avec vos petits-enfants lorsque vous utilisez ces logiciels ?

Ba c’est pour prendre des nouvelles quoi, c’est le moyen le plus efficace pour garder le contact on va dire.

D’accord, et les conversations se font généralement avec des petits enfants qui habitent à côté de chez vous ou plus loin ?

Ah plus loin, ils habitent pas dans le pays que moi donc du coup c’est forcément avec des petits enfants qui sont loin.

Est ce que les discussions que vous avez avec vos petits-enfants sont différents selon l’âge de l’enfant avec qui vous discutez ?

Ah oui, alors avec Dimitri je parle de ses études, de ses projets d’avenir… Matthis c’est plutôt la musique, les clips qu’ils regardent, la batterie, parce qu’il fait de la batterie, la musique c’est sa passion ! Marion, elle c’est le cheval et puis Mathias et Elsa c’est différent encore… En fait c’est différent selon les activités qu’ils font, leurs goûts, ils me demandent aussi des renseignements sur où j’habite… Matthis me demande souvent « mais mamie t’habite où ? C’est quand qu’on vient te voir etc.… »

Et en général c’est à quelle fréquence que vous discutez avec vos petits-enfants ?

Euh… on va dire plusieurs fois par mois, et en général c’est le weekend.

Et à quel moment de la journée en particulier ?

En début d’après-midi en général vers 12h30-13h30 oui voilà plutôt comme ça.

Combien de temps durent vos conversations ?

Oh alors là, ça dépend en général c’est 5-10mn et plus quand ils me parlent de leurs vacances. Mais par exemple Matthis ça peut durer jusqu’à 30 mn ! (rires) Ah oui, lui il raconte sa vie ! Une vraie pipelette !

Et du coup qu’est-ce que la communication via internet vous apporte de plus qu’un autre type de technologie comme le téléphone par exemple ?

Ba en fait c’est vrai que les mails c’est plus avec Dimitri ou avec mes enfants parce que les enfants y connaissent pas grand-chose, c’est plus les photos qu’ils m’envoient, ou ils écrivent un tout petit peu mais c’est tout. Bah disons que internet on peut envoyer les photos et le téléphone je peux les entendre de vive voix donc chacun ils ont leurs points négatifs et positifs quoi.

Est-ce qu’aujourd’hui vous pourriez vous passer d’internet pour communiquer avec vos petits-enfants ?

Ah non, maintenant c’est rentrée dans ma vie, quand y aura skype ça sera encore mieux puisqu’on pourra se voir ! Là c’est plus le téléphone que j’utilise avec les petits enfants.

D’accord, alors maintenant on va passer à la deuxième partie donc les interactions directes entre les grands parents et les petits enfants autour d’internet. Alors, vous arrive-t-il de faire des activités sur internet avec vos petits enfants lorsqu’ils sont chez vous ?

Ba j’en ai pas l’occasion vu qu’ils très loin de chez moi, ya que Matthias qui vient de temps en temps et Dimitri qui est venu une fois quand il était petit mais j’avais pas internet.

Et est ce qu’il vous arrive de venir chez eux ?

Oui en général, je viens une fois par an.

Et est qu’il vous arrive d’utiliser internet chez eux en leur présence ?

Non pas du tout, on fait des jeux ou des activités en direct mais pas internet… j’ai fait un ou deux fois de la wii mais pas d’internet.

D’accord, sinon quand vous êtes chez eux, ça vous arrive d’utiliser internet pour vous personnellement ? Par exemple pour regarder vos mails ou autre ?

Oui quelques fois

Et du coup est ce que vous leur demandez de l’aide sur certains points ?

Euh oui, j’ai déjà demandé une ou deux fois comment faire quelque chose, qu’il m’apprenne des trucs… euh… je sais plus quoi exactement, là je m’en souviens pas… nan je sais plus…

D’accord, c’est pas grave, et est ce qu’à l’inverse, vos petits enfants, vous demandent de l’aide ?

Ah non, Dimitri connaît bien plus de chose que moi ! Et puis les petits, ils l’utilisent pas beaucoup, ils sont plus habitués à jouer avec des jouets ou les DS.

Ok, est ce qu’il vous arrive de faire des achats sur internet pour vos petits enfants ?

Non, je fais pas d’achat sur internet, j’aime pas, ça me fait peur en fait… Je regarde des fois sur internet pour des achats mais c’est pour les acheter après en magasin. Par exemple je vais voir les nouveautés, comme certains jouets fonctionnent mais j’achète en magasin. Bon c’est vrai ça m’est déjà arriver mais c’est vraiment en dernier recours quand je peux pas faire autrement !

D’accord très bien ! Et bien, merci beaucoup de m’avoir accordé un peu de votre temps !

Y a pas de soucis, ça m’a fait plaisir.

Encore merci, au revoir.

Bonne continuation, au revoir.

Entretien Clément:

 

Quel type et combien de matériels informatiques disposez-vous ?

Et bah nous que l’ordinateur hein que un ordinateur

 

Un ordinateur

Voilà

Donc du coup c’est euh…euh c’est collectif

C’est collectif parce que c’est [prénom] moi et tous ceux qui arrive hein même euh ya même les invités

D’accord, ok alors euh quel type de dispositif ou d’application utilisez-vous pour communiquer avec vos petits enfants ?

Bah c’était soit facetime ou skype

 

D’accord est ce que vous utilisez aussi les mails ou euh pour envoyer des photos des trucs comme ça ou non ?

Euh…euh ça arrive mais assez rarement

Rarement

C’est plutôt c’est plutôt les petits enfants qui nous envoient les photos

 

D’accord, ok, euh…donc euh de quelle manière avez vous découvert bah justement euh facetime euh skype et tout ?

Bah ça c’est avec le…avec le comment les bah c’est le le la notice hein avec la description de l’appareil

 

Avec l’ordinateur quand vous avez eu l’ordinateur vous voulez dire ?

Oui, yavait écrit qu’on pouvait utiliser qu’on pouvait accrocher ect quoi hein c’est noté dès le départ hein si on peut…parce que ya des ordinateurs on pouvait même pas faire facetime je crois ou skype, les premiers premiers premiers

Oui non les premiers je crois pas qu’on pouvait hein

Bah non non on pouvait pas justement

 

D’accord

ça a été amélioré par la suite

 

Ok et du coup est ce que vous avez eu besoin d’aide pour les utiliser ou euh… ?

Euh pas tellement pour les utiliser mais pour euh…l’installation oui hein parce que enfaite c’est c’est soit Lauren ou Bernard hein qui avaient arrangé un petit peu qui avaient installé quoi

D’accord, et euh…et donc pour les utiliser c’est juste Bernard ou Laurent qui vous les ont installés et après vous euh…pour l’utiliser c’est eux aussi qui vous ont, qui vous ont initié ou vous avez par exemple acheté des livres ou euh… ?

Non, non après j’ai fait tout seul hein

Daccord

Oui oui il y a pas de problèmes

Vous avez fait en explorateur quoi

oui, j’avais l’habitude déjà un peu

ah d’accord ! Ok, ok, alors quel genre de discussion avez-vous avec vos petits enfants lorsque vous utilisez ces logiciels ?

Bah enfaite c’est euh….c’est enfin c’est prendre des nouvelles effectivement la je vois [pas compris] et puis euh bah on en parle hein surtout quand on fait facetime ou ou euh ou skype bon bah c’est c’est pour se voir quoi c’est comme si bah on était devant quoi…le contact est mieux

Ok et du coup les conversations elles sont généralement avec des enfants qui habitent à côté de chez vous ou euh plus loin ?

Oh loin plutôt loin

D’accord

Parce que oui c’est vrai qu’on fait aussi avec euh Versailles et avec euh Bernard ou Laurent mais mais c’est vrai que euh…on apprécie plus avec ceux qui sont plus loins quoi parce que avec les autres on arrive à se voir plus souvent.

 

Est-ce que les discussions que vous avez avec vos petits enfants sont différentes selon l’âge de l’enfant ?

Oh bah tu sais il sont pas très distancé au point de vue âge donc euh c’est pas tellement différent hein, c’est toujours les trucs basiques hein, qu’est ce que t’as fait à l’école, avec le plus grand c’est vrai que c’est un petit différent par exemple avec Nathan on va lui poser plein de question sur euh s’il a compris les mathématiques un trucs comme ça tu vois

D’accord

Alors que pour euh…bah les petits ils sont encore petits encore donc on va demander s’ils ont aimé l’école si, qu’est ce qu’ils ont fait, s’ils ont dessiné ect, des trucs comme ça

D’accord, donc c’est plus des choses par rapport à l’école euh

Par rapport à l’école, oui plus à l’école, par rapport euh disons leur classe quoi

D’accord, est ce que vous parlez des activités qu’ils font par exemple du poney ou du dessin, je sais pas ce qu’ils font…est ce que vous parlez de ça ou non ?

Non

Non ? D’accord, donc euh a quelle fréquence vous discutez avec vos petits enfants ?

Oh je dirais euh oh ça arrive une fois par semaine et quelques fois c’est ça passe 15 jours qu’on a pas mais bon nous en gros entre 1 fois par semaine et deux fois par mois quoi

 

D’accord et c’est euh tous que vous appelez enfin de la même manière ou il y en a que vous allez appeler plus souvent ou euh ?

Euh non a peu près pareil hein euh

Ouais

Oui euh

Et du coup vous fixez des rendez-vous par exemple ou vous les appelez directement et si ils sont là ils répondent ou ça se passe comment ?

Euh ça arrive qu’on appelle directement

D’accord

Et surtout si on a un truc a raconter quoi…mais des fois aussi c’est pour pas grand-chose (rires) bah Loriane par exemple elle elle aime bien se servir de l’ordinateur hein même si elle connaît pas grand-chose, elle veut faire comme si elle connaît et vu qu’elle voit les autres s’en servir bah elle aussi elle veut aller sur l’ordinateur alors euh…du coup elle m’appelle hein euh sur skype. (rire) Des fois c’est juste parce qu’elle vient de dessiner un euh un truc et elle dit à sa maman : faut que je montre à papi ! Du coup bah sa mère lui met skype et là elle me montre euh elle m’explique son dessin quoi

 

 

D’accord, et ça vous semble suffisant cette fréquence, enfin de discuter 1 fois par semaine ou deux fois par mois ?

Suffisant suffisant oui une fois par semaine c’est suffisant il y a pas toujours des choses intéressantes à raconter tu comprends

 

Oui, et c’est à quel moment de la journée que vous vous appelez ?

Bah plutôt le soir quoi, les enfants ont fini l’école et les parents le boulot…sinon la journée y a personne

 

D’accord, et ça dure combien de temps ?

Oh une demi-heure une heure par là ça dépend quand on a beaucoup de chose à dire

 

D’accord, et qu’est ce que ça vous apporte de plus internet que le téléphone par exemple niveau communication ?

On peut se voir avec le téléphone tu peux parler mais la avec internet tu vois la personne c’est mieux, tu apprécies mieux la chose

 

Et aujourd’hui est ce que vous pourriez vous passer d’internet pour communiquer ?

Non, bon y a le téléphone mais internet c’est mieux comme j’ai dit…

 

Quand vos petits enfants ils sont chez vous est ce que vous faites des activités avec internet ?

Nan quand je vois mes petits-enfants, j’utilise pas internet

 

 

D’accord et ça vous arrive de laisser internet à vos petits-enfants pour pouvoir réaliser une autre activité à côté ?

Euh…Non, non non

Et ça vous arrive de leur demander de l’aide au sujet d’internet ?

Non

D’accord et à l’inverse, vos petits-enfants ils vous demandent de l’aide ?

Non quand ils viennent à la maison on n’est pas sur l’ordinateur donc on parle pas de ça quoi enfin oui on peut dire l’autre jour sur skype machin mais sinon on parle pas ordinateur quoi

D’accord et dernière question est ce que vous faites des achats sur internet pour vos petits enfants ?

Non plus, en général j’achète pas sur internet sauf si j’ai besoin d’un truc qu’il y a pas en magasin mais sinon non je vais en magasin

 

D’accord, bah merci d’avoir répondu à mes questions

Y a pas de problème


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