Les groupes d’entraide pour étudiants sur Facebook

Alexia Battoia, Pierre Crochart, Akalys Martin
Cultures et Métiers du web
Master 1 groupe 2

Introduction

Internet n’est pas le seul à avoir effectué sa mue au début des années 2000. Alors qu’il se faisait 2.0, et participatif, l’Université en a fait de même. Du moins ses étudiants. Car si les établissements ont encore du mal à effectuer leur transition numérique, les élèves ont depuis longtemps adopté les codes et usages de ce nouvel espace virtuel destiné à nous faciliter la vie.
En France, l’aventure débute en août 2003, à Paris VII. Stéphane Vial, alors en licence de Psychologie, se prend d’une soudaine passion pour le code HTML et entreprend de créer un site Web pour pallier aux quelques errances administratives de son établissement. PP7 – pour Psychologie Paris VII – est lancé en septembre de la même année et connaît un succès retentissant dès ses premiers pas sur la toile. De l’aveu de l’auteur1, PP7 n’avait d’autre ambition originelle que de permettre à ses internautes (la nature, par essence peu inclusive, d’un site dédié aux étudiants de psychologie de l’université Paris VII limite ainsi son audience à sa portion congrue) de trouver une information toute simple. Être prévenu de l’absence d’un professeur, connaître la date des examens, être averti d’un changement de salle à la dernière minute, bénéficier d’un récapitulatif des démarches administratives pour s’inscrire.  Néanmoins le maître d’œuvre verra sa création détournée de manière bien heureuse avec la création des forums de discussion.

À sa grande surprise, les forums de discussion dépasseront leur simple espace virtuel. Une communauté se créée, des liens se nouent, et des amitiés se forgent dans le creuset de ces intérêts convergents. Une nouvelle forme de sociabilité se crée. Duale, elle s’entame en ligne et se poursuit, voire se concrétise dans le « monde réel ». Le bouleversement qu’a suscité l’arrivée de Facebook en 2006 a précipité PP7 à sa fermeture. Hypothèse que l’auteur a souhaité passer au rasoir d’Ockham pour lui préférer celle de l’obération. Néanmoins, il faut reconnaître à son créateur une certaine avance sur le géant américain du réseau social.

Car on trouve déjà dans PP7 ce qui fera le cœur de la coopération étudiante au sein d’une Université, et qui a toujours lieu de cité à notre époque. Il s’agit d’une coopération quasi aveugle. Une abnégation sortie de la seule concordance d’un trait social lié au secteur d’activité. Une volonté de s’intégrer par la simple participation à une communauté créée ex nihilo. Participer à une communauté étudiante, c’est aussi et surtout s’affirmer, devenir quelqu’un et sortir de la masse. À notre époque, les communautés étudiantes en ligne sont plus qu’une façon d’échanger des cours ou des informations administratives, c’est se sociabiliser.

Aujourd’hui, à chaque rentrée le même réflexe s’enclenche. Une personne de la classe se manifeste pour « créer le groupe de la classe ». Parfois, cela se produit même sans aucune consultation entre les étudiants de la promotion. Désormais, il est évident qu’une grande partie de la sociabilité de l’étudiant émane de ces groupes sur les réseaux sociaux.

I. Un outil d’entraide provisoire

a. Le début d’année : création d’un groupe commun (partage des devoirs, des prises de notes)

Au commencement était le verbe. La pratique est définitivement entrée dans les usages. Au même titre que la traditionnelle distribution des emplois du temps, la création d’un groupe sur Facebook fait partie des incontournables du mois de septembre. L’époque est alors propice aux « bonnes résolutions », aux plannings de révision et à la temporaire mais nécessaire motivation inhérente au début d’année scolaire.

Les groupes n’ont alors qu’une fonction sociale dans leur phase prématurée. Mettre un nom sur un visage, poursuivre une conversation entamée de visu dans la journée, ou constituer déjà de premiers groupes de travail pour l’avenir. Après tout, il ne faudrait pas oublier que le réseau social de Mark Zuckerberg est né sur les terres universitaires d’Harvard. Mais Facebook a-t-il un réel intérêt dans la collaboration entre étudiants, ou n’est-il qu’une convention de plus à la vie étudiante, qu’il n’appartient finalement qu’aux principaux intéressés de s’approprier et de surpasser pour en faire un outil d’entraide véritablement novateur ?

Si l’on en croit une étude menée en 2011 par OnlinePHD.org2, les étudiants qui s’impliquent sur Facebook sont plus à même de réussir leurs études que ceux qui y sont moins actifs. Évidemment les colleges américains diffèrent quelque peu de nos universités françaises, mais l’utilisation des réseaux sociaux à des fins scolaires n’est en soi pas si éloignée. Aussi, après quelques semaines de cours, les premières utilisations de Facebook à des fins studieuses font leur apparition. Les élèves les plus rigoureux partagent leur cours sans contrepartie sur la page du groupe. D’autres font des recherches sur Internet et publient des liens en rapport avec ce qui a été vu en cours. Enfin, d’autres font savoir à la communauté qu’ils sont suffisamment à l’aise dans une matière pour proposer leur aide à ceux qui s’y sentiraient perdus. De plus, l’une des fonctions de Facebook les plus utilisées par les étudiants est la création d’événements. À l’heure où les BDE – Bureau des étudiants – se font de plus en plus rares dans les universités publiques, Facebook s’impose comme un succédané performant et gratuit à ces monstres de complexité administrative. Si les membres d’une classe veulent apprendre à se connaître autour d’un verre après les cours, Facebook leur offre l’opportunité de le faire savoir très facilement au reste de la classe. Les œillères sont à laisser de côté ici. Il ne faut pas oublier que les sorties et la sociabilité extra-scolaire sont des composantes essentielles sinon indispensables à la cohésion universitaire. Et les réseaux sociaux ainsi que les outils qu’ils offrent aux étudiants ne sont que la preuve de la lucidité de leurs créateurs, eux aussi, faudrait-il le rappeler, issus en nombre de prestigieuses universités.

Facebook vise l’exhaustivité. Peu probable, en effet, de tomber sur un étudiant qui ne soit pas inscrit sur Facebook. Selon une étude de MediaEtudiant.fr réalisée en 20123, 95% des étudiants et jeunes diplômés sont présents sur le réseau social. Facebook s’impose alors, au même titre que l’ENT des universités, et probablement plus encore, comme LA plateforme de travail privilégiée par les étudiants de tous horizons. Mais Facebook est-elle la seule plateforme vers laquelle lorgnent les jeunes en études supérieures pour optimiser leur travail de groupe ?

Si l’on exclut d’emblée Twitter – davantage utilisé à des fins de veille professionnelle et d’expression personnelle -, il ne reste alors plus grand-chose. Néanmoins des petits outils très perfectionnés permettent aux étudiants de se mettre au diapason concernant les travaux qu’ils doivent effectuer. On peut citer notamment Slack4, davantage dédié aux professionnels œuvrant dans les start-ups, mais qui commence à entrer à l’université. Son interface claire permet aux utilisateurs qui font partie du channel de discuter de manière générale, mais également de créer des sub-channels qui leur permettent de travailler à des dossiers bien précis. Si nous nous autorisions une incartade hors des problématiques purement centrées sur le travail, nous pourrions également aborder le cas Steeple5. Ce site collaboratif français créé par deux étudiants rennais se propose de créer des communautés étudiantes afin de faciliter l’échange d’objets et de compétences.

b. Très vite, création de groupes plus restreints et plus ciblés (affinités, groupes de travail…)

Mais alors que les mois passent, et que la motivation des premiers instants s’écume, les groupes sur les réseaux sociaux se font beaucoup moins productifs. Ceux qui, dès les premiers instants, partageaient sans ciller le moindre cours, la moindre information relative à leur travail, deviennent irréguliers sinon mutiques. Certains quittent le groupe de conversation dédiée à la classe, à cause notamment des nombreux messages considérés alors comme du spam – à savoir les conversations n’ayant aucun lien particulier avec les cours. Il est vrai que l’inconvénient principal de Facebook comme support de travail numérique privilégié, est qu’il n’est justement pas un outil de travail. Son usage n’est en fait que détourné de son objet principal. Reprenons notre étude, publiée par OnlinePHD.org. Si cette enquête nous montre bel et bien que les étudiants présents sur Facebook sont globalement de meilleurs étudiants, il est important de noter que deux cas de figure se présentent sur le réseau social de Mark Zuckerberg.

Nous constatons, à mi-parcours de l’infographie publiée pour résumer l’étude, que les étudiants les plus engagés (c’est-à-dire ceux qui participent le plus aux groupes d’entraide dédiés), sont plus à même de créer des événements et d’y répondre, de commenter les publications d’autrui et de regarder leurs photos. On sait également que ceux-ci sont plus enclins à poursuivre leurs études après la première année à l’université. Enfin, ils ont en moyenne 27 amis de plus, et sont auteurs d’environ 59 publications supplémentaires. De l’autre côté de la barrière, c’est-à-dire pour les étudiants qui sont moins actifs sur les groupes d’entraide étudiante, il semblerait qu’ils passent le plus clair de leur temps à jouer à des jeux sociaux (Candy Crush Saga, Farmville, etc.), à poster des photos et à consulter le profil de leurs amis. Les auteurs de l’étude notent également que ces personnes pratiquent généralement deux activités qui sont pires que tout dans un contexte de travail : ils chattent sur Facebook, et font du multitâche. On pourrait dès lors résumer cette partie de l’étude par une équation toute simple : chat + jeu social = pas de travail. Des actions qui ont comme toujours des conséquences. Les auteurs ont en effet constaté que ce type d’étudiants récoltait des notes 20% inférieures à la catégorie sus-citée.

Un constat qui nuance quelque peu les propos tenus jusqu’ici sur les bienfaits du réseau social. Notez cependant que, comme pour tout, les résultats dépendent de l’usage qui en est fait. Aussi, comme nous le disions plus haut, les usages sont amenés à être modifiés au cours de l’existence d’un groupe d’entraide. D’abord hyperactif, bouillonnant et plein de bonne volonté, l’unité est mise à mal et le groupe donne naissance à quantité d’engeances qui se forment bien souvent autour des préférences sociales. Un groupe d’amis nouvellement formé préfère faire bande à part plutôt que de discuter de ses sujets de prédilection face à tout le monde. Mais cet éclatement ne saurait s’expliquer uniquement par le regroupement de personnes qui s’apprécient. Ce serait oublier trop vite que l’université nécessite souvent la création de groupes de travail qui, au-delà d’une quelconque notion d’affinité, sont « forcés » de travailler ensemble pour produire un dossier, un exposé ou un projet.

Ainsi l’éclatement de cette sociabilité « totale » du début d’année est dû non pas à des intérêts divergents, mais à des problématiques resserrées.  De par la création de ces groupes de travail, qui arrive nécessairement à la même période de l’année pour tous les étudiants d’une même promotion, chacun doit se focaliser sur les travaux qui lui sont assignés, et préfère donc converser avec les personnes avec qui il doit se rapprocher qu’avec la totalité de la classe. La dimension préférentielle n’a guère sa place ici. C’est un état de fait : né sur le terreau fertile du travail, les groupes d’entraides sur Facebook se concentrent finalement sur leur objet de base, et le groupe initial se scinde alors en particules plus petites mais d’égale importance pour les personnes qui les composent. Même les groupes de discussion n’y résistent pas. La sociabilité ne saurait se contraindre à la portion congrue d’un groupe de travail. Si une amitié nait réellement des interactions entre étudiants dans la phase préliminaire du groupe d’entraide, elle se poursuivra en dehors de ses frontières. Dans des conversations interpersonnelles, ou IRL – in real life, dans la vraie vie.

En creusant un peu, un parallèle est à établir entre la déliquescence progressive de ces groupes, et la publication des premiers relevés de notes. Une fois que les premières notes « tombent », des niveaux sont révélés à l’ensemble du groupe. On identifie d’un coup d’œil les étudiants en difficulté, et ceux qui excellent. Il est intéressant de constater que, plus l’année avance, plus nombreuses sont les notes, et plus la communauté se disloque pour laisser sa place à des groupes de moindre taille. Comme si cette collaboration des débuts n’incluait pas nécessairement d’entraide entre les étudiants, mais supposait finalement que le paraître est plus important que l’être. Pure démarche hypocrite, les groupes d’entraide sur les réseaux sociaux ? Le sujet est bien plus compliqué que cela. L’étudiant de bonne foi en début d’année qui propose ses services à ses camarades n’est pas mu par une volonté d’imposer sa supériorité ni de faire passer ses pairs pour des moins que rien. Tout est question de sociabilité. Dans ce contexte universitaire précis, dans cette communauté précise d’étudiants de même niveau scolaire (supposé), les étudiants agissent exactement comme ils pensent devoir agir dans ce cas de figure. Proposer leur aide en fait partie, tout comme être actif et prouver que l’on est un membre éminent de la communauté. Le fait est que l’année progressant, que le travail commençant à avoir des répercussions sur le réel et sur l’égo des étudiants (une mauvaise note ne fait jamais plaisir, et à l’inverse il est toujours mal vu en France de se satisfaire d’avoir reçu une bonne appréciation à un examen) reprend le dessus sur les considérations plus globales du groupe. Cela ne signifie pas pour autant que l’étudiant effectue un repli sur soi et referme complètement son rapport aux autres membres du groupe. La démarche devient simplement moins spontanée. Il est toujours possible d’être aidé par un camarade, mais il faut pour cela lui demander ; l’aide n’est plus proposée de façon gratuite et désintéressée dans l’espace public d’un groupe sur Facebook.

II. Une plateforme de divertissement plus pérenne

S’il est évident que les premières raisons d’une création d’un groupe Facebook pour une promotion d’étudiants sont de favoriser la communication entre eux et l’échange d’informations relatives aux études, il n’est pas rare que les groupes aient une autre visée. En effet, selon la taille du groupe, les informations que l’on peut y retrouver varient énormément. Différents types de groupes étudiants existent sur Facebook. Nous pouvons ainsi retrouver des groupes d’étudiants d’une université ou école entière, d’un type d’études général, d’une des promotions d’une université précise, d’une classe ou d’un groupe particulier. Ainsi, le ciblage se fait de plus en plus précis selon le type de groupe dont il s’agit. Pour une classe, les étudiants ont tendance à tous, ou presque, se connaître entre eux, et si le groupe sert en début d’année à visualiser leurs camarades, ils sont par la suite plus intéressés par les informations relatives à leurs études. Mais pour le groupe d’une promotion comptant un plus grand nombre d’élèves qui ne se connaissent pas tous entre eux et ne suivent pas forcément les mêmes cours, il devient plus compliqué de ne parler que d’études. C’est encore plus flagrant pour les groupes universitaires, même si ce phénomène est visible dans chacun de ces cas.

Ainsi, ces groupes visent plus large que les problématiques purement centrées sur le travail. C’est alors de réels groupes sociaux qui se forment avec des partages d’informations relatives à la vie étudiante, comme les bons plans pour sortir, les bonnes adresses de restaurants, de bars, de cinéma, d’expositions, ou encore des manifestations et évènements étudiants.

a. Partage de bons plans

Ce que l’on retrouve le plus souvent sur les groupes étudiants, outre les questions concernant les emplois du temps, les partiels, les dates de rendu, sont des partages de bons plans. Que ce soit sur le plan professionnel ou privé, les étudiants échangent beaucoup. Sur Facebook, avec l’outil de partage d’une page, d’une image, d’un évènement, il est facile de trouver quelque chose qu’on ne cherchait pas à l’origine. Et il n’est pas rare pour les étudiants, qui passent souvent du temps sur le réseau social, de découvrir ainsi des bons plans, dont eux n’ont pas forcément besoin sur le coup, ou qui souhaitent tout simplement faire partager à leurs camarades, partant du principe que cela intéressera au moins une personne, et qu’entre étudiants, il faut s’aider. Cela va des bons plans pour sortir à moindre coût aux offres d’emplois ou de stages.

Les étudiants forment une véritable communauté. Ils n’ont pas d’argent, vivent en groupe, possèdent les mêmes codes et sont sur le web. Si le premier réflexe pour ceux-ci, est de faire partager leurs bons plans avec leur cercle proche d’amis, ils finissent très souvent par partager avec ceux à qui ils peuvent s’identifier : leurs camarades étudiants. Et puisque ces groupes Facebook auxquels ils appartiennent ne sont composés que d’étudiants, qu’ils estiment « semblables à eux » dans l’ensemble, ils partagent leurs informations. Car oui, il y a un réel sentiment d’appartenance à un groupe, groupe qu’ils s’approprient. Ils se disent qu’ainsi, ils peuvent rendre service, sans avoir pourtant fait grand-chose d’autre que partager un lien, une annonce, un contact. Ils auront pu aider, sans avoir eu à donner de leur temps ou de leur énergie. Et cela vaut pour les bons plans de sorties tel que les bars, les restaurants, les cinémas, les expositions pas chers, mais également les offres de stages ou d’emplois.

b. Organisation et diffusion d’évènements

On peut également constater que si, dans les premières semaines voire premiers mois d’existence d’un groupe étudiants sur Facebook, ceux-ci prennent le réflexe de poster des informations relatives aux cours, très vite, ils prennent également le réflexe de poser leurs questions. Petit à petit, les informations laissent place à des demandes d’aides, de services, ou des propositions d’évènements, comme des sorties entre étudiants. En effet, il est plus simple d’organiser un tel évènement via le réseau social où il est rare qu’un étudiant ne soit pas inscrit, plutôt que d’organiser cela pendant les journées de cours, où chacun n’est pas forcément présent. Le réseau social touche donc une plus grande cible, et les invités peuvent également inviter d’autres amis. C’est un moyen rapide, qui ne prend que quelques minutes à être mis en place et qui est tout aussi prompt à diffuser.

Il existe de très nombreuses soirées étudiantes, organisées par les différents Bureaux des Étudiants de nombreuses écoles, et dont la promotion est faite au sein de l’école, par le biais de flyers distribués ou affichés sur les murs ou les portes des bâtiments. Cependant, les étudiants en journée sont souvent absorbés par d’autres activités, telles que leurs études, par exemple. Ils ne se sentent pas forcément touchés par ces flyers. En revanche, lorsque des évènements sont créés sur Facebook, et qu’ils sont invités par des de leurs amis Facebook, ils se sentent tout de suite plus touchés par l’évènement, et savent instantanément qui sera présent ou non, chose plus difficile dans la « vie réelle ».

De même, lorsqu’un évènement est créée sur Facebook, il est plus facile de toucher un plus grand nombre de personnes qu’en, simplement, laissant des flyers en libre distribution à la cafétéria, ou affichés sur les portes des bâtiments. Il suffit simplement d’inviter un certains nombres d’amis à l’évènement, qui inviteront leurs amis, qui en feront de même etc, ainsi que partager l’évènement sur les différents groupes étudiants auxquels vous appartenez. C’est beaucoup plus simple, touche un public bien plus large, et est, au final, moins chronophage. Sans compter que vous êtes assurés, pour le coup, que les étudiants verront bien votre évènement et l’invitation. Les étudiants sont ainsi ciblés directement, et incité à l’action : celle de venir participer à l’évènement organisé.

C’est un moyen de faire connaître les soirées organisées, que ce soit des projections de films étudiants, des expositions, des voyages ou bien des soirées à thème dans un bar ou une boîte de nuit. Ces évènements ont pour but de rassembler des étudiants et ainsi faire des rencontres qui ne sont pas forcément très évidentes via Facebook. Car si le réseau social rassemble des étudiants dans un groupe, ceux-ci n’osent pas forcément aborder de parfaits étrangers, quand bien même ceux-ci feraient partie de leur école. Il s’agit là de tisser des liens sociaux, qui ne seront pas virtuels. Facebook possède vraiment cette dimension de mise en relation entre les étudiants. Si l’organisation de l’évènement se passe effectivement sur le web, la soirée, sortie, en elle-même se fait dans la vie réelle. C’est donc un moyen efficace de se faire réunir des étudiants qui ne se seraient peut-être jamais croisés au sein de leur école.

On peut donc constater que les groupes étudiants sur Facebook possèdent ce double emploi de partage d’informations pratiques et de divertissement. Si effectivement le principal usage de ces groupes est de partager des données relatives aux cours et propres à chaque formation, ces dits groupes n’en reste pas moins des petites communautés qui ainsi peuvent mettre les étudiants en relation entre eux, de manière plus facile que dans la vie réelle où il est moins évident d’interagir entre nous dans un grand groupe telle qu’une promotion ou une université entière.

Analyse des résultats du sondage

Nous avons décidé de réaliser un sondage auprès d’étudiants afin de comprendre leur rapport aux groupes d’entraide sur Facebook. Il était important de produire nos propres chiffres pour avoir des résultats objectifs. Nous avons donc construit un sondage composé de neuf questions et nous l’avons distribué pendant une semaine. Nous avons collecté 168 réponses, ce qui nous permet d’avoir des résultats probants et proches de la réalité. Nous avons décidé d’analyser en détails ce sondage et de ne pas simplement divulguer les chiffres, afin de produire des réponses plus précises à notre enquête.

Lorsque nous avons créé ce questionnaire, nous avons décidé que nous ne souhaitions pas faire de distinction entre homme et femme, puisque ce critère n’avait pas un grand intérêt pour notre étude. Le but n’était pas de savoir si les hommes étaient plus actifs dans les groupes d’entraide que les femmes, ou inversement. Nous avons donc écarté cette question.

Cependant, nous avons demandé aux participants au sondage de préciser leur âge et leur niveau d’études. Sur les 168 personnes ayant participé à ce questionnaire, 53% ont entre 21 et 23 ans, 31% sont âgés de 18 à 20 ans, 14,3% ont entre 24 et 27 ans, et seulement 1,8% sont âgés de 28 à 30 ans. La majorité des personnes interrogées sont en Master (40,5%) ou en Licence (39,9%). 15,5% sont en BTS et 4.2% ont répondu « Autre », en indiquant être en DUT. L’importance de ces questions réside dans le fait qu’il était nécessaire de déterminer si les groupes Facebook entre étudiants sont l’apanage des étudiants en Licence plutôt qu’en Master, ou d’analyser leur rapport à ces groupes.

Nous avons ensuite demandé au panel s’il était inscrit à un groupe d’étudiants sur Facebook, et nous avons obtenu 100% de oui. On peut donc déjà remarquer qu’il apparaît normal et coutumier pour les étudiants d’appartenir à des groupes Facebook qui leur est dédié. En effet, comme expliqué plus haut, le début d’année est souvent synonyme de création de groupes de promotion. Nous-mêmes, étudiants de M1 CMW, avons créé le groupe de la promotion 2015-2016 le 03 Septembre 2015, c’est-à-dire deux jours après la rentrée scolaire.

Afin de juger de l’importance de ces groupes chez les étudiants, nous leur avons également demandé à combien de groupes ils appartiennent. On remarque alors que la majorité fait partie de plus de 4 groupes (35,6%) et que seulement 12,3% ne sont inscrits qu’à un seul groupe. En regardant de plus près les chiffres, on observe qu’un peu plus de 34% des étudiants en Licence sont inscrits à plus de 4 groupes d’entraide entre étudiants, 37% pour les étudiants en Master, 33% pour les DUT et 38% pour les BTS. Ces chiffres prouvent que les groupes d’entraide sont un élément inhérent à chaque niveau de formation. Peu importe le niveau d’étude, une des étapes clés dans une année scolaire est de s’inscrire à un ou plusieurs groupes Facebook. Ce qu’il est intéressant de constater, c’est que les étudiants font certes partie de groupes d’étudiants de leurs promotions, mais aussi de groupes d’étudiants du même domaine d’études. En effet, certains groupes rassemblent énormément d’étudiants de la même filière mais qui ne se connaissent pas forcément, tel que « Les étudiants en communication et publicité » qui compte 6440 membres. On pourrait donc penser qu’un étudiant cherche à se créer des liens dans sa formation, mais également dans sa filière, afin d’être connecté au plus de personnes possible.

Nous avons donc voulu comprendre ce que recherchent les étudiants dans ces groupes d’étudiants. Le panel pouvait choisir plusieurs réponses et ajouter d’autres réponses. La réponse la plus donnée, par 95,8% des interrogés, est que les étudiants recherchent des « informations pratiques (horaires et salles de cours) ». Il s’agit donc vraiment d’entraide entre étudiants, à travers un médium très rapide et diffusée plus largement que les mails émanant des référents de formation qui, souvent, ne sont pas diffusés à tous les étudiants, ou qui ne sont pas lus tout de suite. Facebook apparaît donc comme le premier endroit où l’étudiant vient chercher une information pratique.

Le « partage de notes de cours » arrive en deuxième position des réponses les plus données (81,5%). On observe ainsi que les étudiants sont enclins à la solidarité, tout du moins en début d’année, comme nous l’avons expliqué précédemment. On retrouve également cette notion de solidarité lorsqu’on analyse les réponses données dans « Autre ». La réponse proposée le plus souvent concerne les offres de stage ou de travail. On constate que dans beaucoup de groupes d’entraide, les étudiants partagent des offres d’emplois d’entreprises pour lesquelles ils ont travaillé ou qu’ils connaissent. Un réseau se construit entre les étudiants d’une même formation, même entre plusieurs promotions différentes. Par exemple, le groupe CMW Alumni regroupe les anciens et actuels étudiants en Master CMW et regorge de propositions de stages ou d’emploi, de demandes d’informations sur le Master et d’articles qui pourraient être utiles aux étudiants.

Enfin, les « propositions de sorties (expos, apéros) » arrivent en troisième position à 64,3%. Ce pourcentage, relativement élevé, démontre que les groupes d’étudiants sur Facebook aide également à tisser un lien social et à organiser des événements dans la vie réelle. Il ne s’agit donc pas de relations virtuelles, mais d’une continuité entre le social et le réseau social. On trouve beaucoup de proposition d’événements sur ce genre de groupes, que ce soit pour organiser une journée d’intégration, un apéro le jeudi soir, ou une proposition pour aller à un colloque ou une exposition en rapport avec la filière des étudiants.

Il était aussi intéressant pour notre étude de savoir si les étudiants trouvent vraiment ces groupes d’entraide utiles. En effet, comme expliqué précédemment, certains étudiants quittent des groupes ou des conversations en cours d’année. Pourtant, 91,7% des participants ont répondu que ces groupes sont utiles car on peut y « partager des informations utiles et des bons plans ». Au contraire, seulement 5,4% pensent qu’il y a « trop de publications » et que « les infos utiles se perdent au milieu de posts sans rapport avec la formation ». Les 3% restant sont partagés entre les deux réponses. On remarque donc que la grande majorité des étudiants trouvent ces groupes utiles et rassemblent les critères qu’ils recherchent : informations pratiques, partage de notes de cours et de bons plans.

Au cours de notre étude, nous avons remarqué que, le temps avançant, des groupes plus restreints se forment au sein d’une formation. Par affinité oui, mais aussi par nécessité, lorsque des travaux de groupes sont demandés. Nous avons alors demandé aux participants s’ils créent des groupes de travail sur Facebook. Nous avons obtenu une majorité de « oui », à 80,4%. Il n’y a pas de différence majeure entre les différents niveaux d’étude, on remarque une certaine régularité dans les réponses. Facebook serait-il donc un lieu propice au travail de groupe, grâce aux possibilités qu’il offre (téléchargement de fichiers, discussions) ?

Lorsqu’on demande aux participants à quoi leur servent les groupes de travail sur Facebook, la réponse la plus donnée est « à partager des documents de travail (word, excel, powerpoint) » (94,2%). On constate une nouvelle fois que Facebook semble donc être une plateforme de travail très prisée par les étudiants, de par son côté pratique. Les deux autres réponses proposées, à savoir « poster des éléments utiles au travail » et « discuter de l’avancée du travail », recueillent toutes les deux 88,4%. Dans une démarche de totale objectivité, nous avons laissé la réponse « Autre », afin que les participants puissent nous donner d’autres réponses. Seulement 3,6% ont proposé d’autres réponses, qui sont les suivantes :

– A gérer le travail à distance quand on n’est pas à l’école

– A stocker les fichiers pour ne pas les perdre

Facebook serait donc non seulement un lieu de travail et de partage, mais également une plateforme de sauvegarde des fichiers, à l’instar de Google Drive par exemple. Dans ce cas, pourquoi ne pas utiliser un Drive ? La réponse serait sans doute que les étudiants préfèrent centraliser les informations à un seul et même endroit, dans une démarche de simplicité et d’efficacité. Facebook permet d’échanger des idées et de partager des documents en un seul et même lieu, ce qui semble faciliter l’avancée d’un travail de groupe. Mais ces groupes sont-ils durables ?

La dernière question de notre sondage porte donc sur la durabilité de ce genre de groupes de travail. Il était fondamental de questionner les participants sur ce point. Sans réelle surprise toutefois, 79,5% des interrogés pensent que ces groupes sont durables et sont actifs jusqu’à ce que le devoir soit rendu. Seulement 16,9%, au contraire, trouvent que les discussions dérivent souvent du but initial du groupe et ne pensent pas qu’ils sont faits pour durer dans le temps. Un participant a répondu « Autre », en expliquant que ces groupes sont très utiles le temps que le travail soit effectué, mais qu’il se désinscrit tout de suite après. Cette réponse se doit d’être soulignée. Combien y a-t-il de groupes fantômes, abandonnés par leurs participants après qu’un travail soit terminé ? Y a-t-il des groupes qui survivent à cette échéance et qui continuent de vivre, en dérivant de leur sujet d’origine ? Probablement, oui. Mais nous sommes amenés à croire qu’une fois le travail terminé, les étudiants délaissent les groupes de travail et retournent sur les groupes plus généraux auxquels ils appartiennent. Les groupes de travail sur Facebook ne seraient donc qu’un interlude, avant de revenir à des groupes ouverts à des sujets plus larges.

CONCLUSION

Cette étude des groupes d’entraides sur Facebook nous aura donc permis de cibler les attentes et les opinions des étudiants sur les groupes qui leur sont dédiés. On peut constater que les étudiants sont avides de partage et de contact, aussi bien à l’Université que sur Facebook. Ce dernier n’est que la continuité du premier, tout en étant une plateforme d’échange sur laquelle se tisse des réseaux. Ces groupes, qui de prime abord servent à transmettre des informations utiles et pratiques, sont également utilisés à des fins sociales. On ne va pas sur ces groupes uniquement pour demander dans quelle salle a lieu tel cours, ou quelle est la date de rendu d’un devoir. On y va aussi pour échanger, donner son avis, proposer une sortie ou un bon plan. La dimension purement administrative ne serait peut-être alors qu’un prétexte à la socialisation. On cherche toujours un prétexte pour discuter avec des personnes que l’on ne connaît pas forcément. Sous couvert de créer un groupe d’entraide entre étudiants, on souhaite en fait créer des liens avec des personnes qui suivent le même parcours que nous, à la fois par désir de sociabilité et par besoin de créer des liens faibles.  Facebook permet donc aux étudiants de créer ces liens faibles, assez forts toutefois pour leur permettre d’obtenir des informations utiles à leurs études et des contacts utiles à leurs vies professionnelles.

ANNEXE

Sondage réalisé en ligne, 168 participants.

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BIBLIOGRAPHIE/WEBOGRAPHIE

1 Stéphane Vial, « Il était une fois « pp7 », ou la naissance d’un groupe sur l’Internet. Retour sur la socialisation en ligne d’une communauté étudiante », Réseaux 2010/6 (n° 164), p. 51-70

2 http://thenextweb.com/facebook/2011/10/13/facebook-might-be-behind-the-success-of-university-students-infographic/#gref

3 http://www.digischool.fr/a-la-une/chiffres-cles-etudiants-reseaux-sociaux-10946.php

4 http://www.journaldunet.com/solutions/saas-logiciel/tutoriel-slack/

5 http://etudiant.lefigaro.fr/les-news/actu/detail/article/deux-etudiants-creent-un-reseau-social-base-sur-l-entraide-5352/

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