Le mouvement Do it Yourself : Makers, Web et Atelier de fabrication numérique

Vivien DUTHEIL

« La production d’objets physiques pourra se faire de façon très simple. Au lieu d’acheter une tasse dépareillée au supermarché on pourra la faire à domicile,[…]La production des objets sera individualisée »                                                   Jean-Daniel Fekete – Directeur de recherche à l’INRIA

Cette citation de Jean-Daniel Fekete apparaît dans « La dynamique d’Internet, Prospective 2030 », une étude réalisée pour le Commissariat général à la stratégie et à la prospective sous la direction de Laurent Gille (Télécom ParisTech) et Jacques-François Marchandise (Fondation Internet Nouvelle Génération). Elle s’interroge sur l’avenir du Web et son impact sur l’économie et la société, les participants à cette étude voyant dans la révolution numérique « un ensemble de possibilités considérables qui permettent une grande autonomie (d’expression, d’action, d’innovation…), allant jusqu’à favoriser le Do It yourself (DIY), le bricolage, le hack[1] ». Ces pratiques ne sont pas nouvelles mais connaissent un regain d’intérêt depuis le milieu des années 2000 (notamment suite à la crise de 2007). Une partie de ce rapport pointe ainsi l’émergence de cette tendance comme un changement massif que pourrait potentiellement connaître notre économie[2]. Cette tendance renvoie, selon eux, « à la possibilité de produire, avec des modèles virtuels, des objets physiques […] très vite, avec un coût qui diminue rapidement[3] ». Cette idée de rapprochement entre le monde virtuel et le monde physique est d’ailleurs à l’origine de la création en 2001 du « MIT’s Center for Bits and Atoms » qui étudie les liens entre les sciences informatiques et les sciences physiques dans l’optique d’une transformation de la data en objets et des objets en data[4]. C’est en collaboration avec Neil Gershenfeld (professeur au MIT) que le premier concept de fab lab est né.

Le développement mondial des ateliers de fabrication numérique (fab labs, hackerspaces ou autres Techshops) est un phénomène marquant de ces dernières années. En témoignent les efforts gouvernementaux pour favoriser leurs développements[5], avec quatorze projets de fab labs financés par le gouvernement français en 2013[6]. De même, notre université a participé à la création d’un fab lab sur le campus Descartes qui a ouvert ses portes en octobre dernier. Ces lieux de fabrication, d’échange et de création représentent un espace physique qui collent aux idéaux et aux pratiques des communautés de makers. De plus, ils permettent d’essayer de démocratiser l’usage des machines et ainsi rendre la production accessible à tous. Si auparavant Internet et le Web ont permis de mettre en commun les connaissances et les méthodes, l’apparition de ces espaces permet d’aller encore plus loin en mettant à disposition les outils eux-mêmes. Au-delà de l’aspect économique et de création, la prise en main d’outils de production avancés par les makers et leur accessibilité croissante au grand public peuvent être également vus comme une « une alternative politique en opposition au monde d’ultra-consommation […]. Le besoin de créer, d’avoir une certaine indépendance par rapport à l’industrie et aux grands groupes commerciaux, de retrouver un savoir-faire abandonné les pousse à trouver des solutions pour faire le maximum de choses par eux-mêmes, en opposition à la marchandisation dominante[…][7]». Le but de cet article est donc de mettre en lumière les récentes évolutions qu’ont connu les mouvements de Do It Yourself et de makers grâce au développement du Web et au développement des ateliers de fabrication numérique avant d’en soulever les nouveaux enjeux à la fois en termes économiques et sociaux. Dans un premier temps, nous observerons la genèse du mouvement Do It Yourself et son évolution jusqu’au développement du Web 2.0 puis nous nous intéresserons aux facteurs de développement du mouvement DIY.

I/ Le mouvement Do It Yourself

« Le mouvement Do It Yourself représente des activités visant à créer des objets de la vie courante, technologiques ou artistiques, généralement de façon artisanale et soi-même. »[8] Il est aujourd’hui porté par le mouvement des makers. Qui sont les makers ? Il s’agit d’une dénomination qui n’est autre qu’une version contemporaine du DIY. En effet depuis 2005 des manifestes ont été publiés pour tenter de donner une définition de l’esprit « maker »[9]. Dans leur étude « ReFaire » sur le mouvement maker, Fabien Eychenne et Véronique Routin, qui ont présenté les résultats au Lift France en 2013[10], trouvent plusieurs éléments communs qui caractérisent la communauté :

  • Une volonté de cesser de jouer les consommateurs passifs
  • L’opposition au concept d’obsolescence programmé et prône l’acte de réparation
  • La réappropriation de la technologie et des objets
  • Le développement durable et local
  • L’apprentissage et l’éducation par l’échange, le partage et l’expérimentation

Le mouvement maker répond donc à des besoins de faire/créer, d’autonomie vis-à-vis de l’industrie et de développement de soi.

Nous allons voir dans cette partie la genèse de ce mouvement, ses influences et son développement récent.

A.Genèse d’un mouvement

L’expression « Do It Yourself » vient de l’anglais et désigne à l’origine une méthode de fabrication, de modification de quelque chose sans intervention directe de professionnels ou d’experts[11]. Cette première désignation indique avant tout une pratique liée au bricolage, à la débrouille et à l’inventivité, ainsi le terme a été d’abord associé (et ce dès le début du XXème siècle) au secteur domestique et plus particulièrement au « Home Improvement »[12], c’est-à-dire l’amélioration et la rénovation de son habitat. Cependant, le mouvement du DIY tel que nous le concevons aujourd’hui possède un sens plus large et intègre également des valeurs comme l’éthique. Les nouvelles valeurs et acceptations liées à l’expression « Do It Yourself » (DIY) sont issues des années 60-70 et des mouvances culturelles à la fois hippie et punk. S’il n’existe pas une paternité officielle du mouvement, ces deux contre-cultures ont apporté une autre vision de la société et des relations humaines à à la philosophie DIY. Ainsi en 1968, le lancement du Whole Earth Catalog par Stewart Brand marque un acte déterminant dans la culture du DIY dans la communauté hippie, ce projet ayant pour but de compulser dans un ouvrage un ensemble de techniques et d’outils pour permettre aux individus de s’inspirer et de trouver de l’information à une époque ou Internet n’existait pas. Ce catalogue contient toutes sortes d’informations allant d’annonces de vendeurs à des conseils pratiques et des projections d’avenir[13]. Il s’agit donc de sortir des circuits classiques de l’information commerciale et de l’industrie pour proposer une vision différente. Les communautés hippies se sont donc emparées de cet ouvrage qui reflétait des préoccupations et des valeurs propres à la communauté. On peut donc y voir un des ancêtres des plateformes collaboratives et de Wikipédia. De son côté le mouvement punk né dans les années 70 a apporté sa vision critique et son rejet de la société de consommation en développant des méthodes de productions et des circuits indépendants[14]. Dans leur recherche de liberté, ils ont ainsi développé des modèles de production alternatifs dans le but de rendre les individus en capacité de créer, de produire. Cet impact s’est non seulement ressenti dans la production musicale, mais également à divers niveaux dans l’industrie culturelle (presse et fanzine, Radio pirate…) : l’individu peut devenir maître de sa production et non plus simple spectateur[15].

Si ces pratiques connaissent alors un développement grâce aux contre-cultures, elles ne sont pour autant pas démocratisées. En effet, les moyens de production restent relativement rudimentaires et la production de biens physiques (hors bricolage) nécessite certains outillages ainsi qu’une certaine expertise technique qui n’est pas forcément accessible. Le développement de l’informatique qui s’est opéré dans ce même bain culturel (plus particulièrement la mouvance hippie de Californie) va apporter un nouvel élan aux pratiques du DIY en faisant apparaître deux dimensions : une dimension physique « Hardware » et une dimension virtuelle « Software ».

B.Informatique et numérique : un nouvel élan DIY

Si les années 70 ont été marquées par les mouvements culturels que nous avons cités précédemment, cette période correspond également à la naissance de la micro-informatique. La micro-informatique et plus généralement l’informatique ont été largement influencées par les contre-cultures dans la mesure où leur développement (principalement au niveau logiciel) a été marqué par l’opposition entre deux philosophies : l’open source et le logiciel propriétaire. Le premier se voulant ouvert, à la fois à la consultation (code source), à l’amélioration et à la modification par les individus quels qu’ils soient, s’imprègne complètement des valeurs issues des contre-cultures et du DIY. C’est d’ailleurs cette ouverture qui va permettre le développement du Web tel que nous le connaissons aujourd’hui[16]. Cette période va aussi favoriser le développement du mythe des inventeurs de garage avec par exemple Steve Jobs et Steve Wozniak (cf. l’Apple de 1976) qui vont être une source d’inspiration pour de nombreux adeptes de DIY. En effet, avec les logiciels libres et le développement de micro-ordinateurs plus accessibles, le secteur informatique connaît un foisonnement d’innovations et des groupes de passionnés comme les membres du Homebrew Computer Club de la Sillicon Valley (dont étaient membres Jobs et Wozniak) vont contribuer à rendre les ordinateurs accessibles au grand public. C’est finalement ce rapprochement entre la mentalité DIY et open source qui sont à la base de l’idée de production  libre, même si à cette période l’idée de « libre » concerne surtout la sphère virtuelle et artistique. Il s’agit du premier pas vers l’« Open Hardware » et donc la production physique libre. L’arrivée du Web dans la sphère publique dans les années 90 va permettre une première diffusion d’informations qui, jusqu’à l’arrivé du Web 2.0 au milieu des années 2000, restera majoritairement descendante avec peu d’échanges et peu de contenus créés par les utilisateurs.

L’informatique a donc eu pour effet de redonner une impulsion au mouvement DIY dans la mesure où en tant que nouvelle discipline à découvrir, à défricher et à développer, elle a ouvert des portes aux passionnés et créatifs qui y ont vu un nouveau terrain de jeu et d’expérimentation. Les coûts d’accès à cette technologie diminuant, les perspectives de création n’avaient plus autant de limites que la création d’éléments physiques avec de forts coûts en termes de matériaux et de production. Si cette nouvelle dynamique ne concerne dans un premier temps que des initiés (compréhension des langages informatiques permettant la création), elle va peu à peu s’étendre et se reconnecter à d’autres pratiques hors programmation grâce au développement du Web.

C. Le Web et le DIY : vers une collaboration à grande échelle

L’utilisation du Web se se propage peu à peu dans le grand public, les sites étant de plus nombreux et sur tout type de sujets. Jusqu’au milieu des années 90, il est extrêmement difficile de naviguer et trouver ce que l’on recherche sur la toile. C’est l’apparition des navigateurs Netscape (1994), Internet Explorer (1995) et Opéra (1995), des annuaires et des moteurs de recherche comme Yahoo ! (1994), Altavista (1995) puis Google(1998)[17] qui va simplifier et permettre la démocratisation du Web. La mise en accessibilité du Web développe les usages et permet une appropriation progressive du Web par les utilisateurs et non plus un rapport uniquement « Top-Down ». Ainsi de 1994 à 1997, le nombre de sites Web aurait explosé de moins de 3 000 à plus d’1 000 000[18]  ! La démocratisation du Web dans le mouvement DIY est primordiale. Comme le « Whole Earth Catalog », Internet va permettre le partage des connaissances et des informations avec une diffusion mondiale. Cette mise en commun des savoirs sur le Web connaît un tournant majeur au début des années 2000 avec le « Web 2.0 » grâce auquel « les données ont ainsi pu être échangées sur des sites d’encyclopédie libre comme Wikipédia [2001]. Puis, à partir de 2005, l’explosion des réseaux sociaux a permis une transmission plus efficace et plus rapide des informations entre les internautes. Les makers ont ainsi pu profiter de cet apport pour communiquer sur les projets, techniques, méthodes, et problèmes de conceptions[19] ».

La constitution de communautés centrées sur le DIY et les makers sur le Web va permettre de créer un véritable réseau à travers le monde. La fin des années 2000 marque une réelle révolution dans ce secteur grâce à la convergence de plusieurs facteurs dont l’émergence du « Web 2.0 ». Nous allons donc dans cette seconde partie aborder ces facteurs et leurs enjeux ainsi que les nouvelles opportunités qu’ils représentent.

II/ Depuis 2007 à nos jours : vers une révolution makers

DIY-trend  Figure 1 : Evolution de lintérêt pour la recherche Do It Yourself – Google Trend

Comme nous l’avons vu dans la partie précédente, le développement d’Internet a donné aux makers et aux personnes qui s’intéressent au DIY accès à de nombreuses informations. La poursuite de cette démocratisation du web permet au mouvement DIY de se développer. Comme on le constate sur ce graphique issu de Google Trend, la recherche de sites Web de Do It Yourself est en constante augmentation depuis 2007. Cette année constitue une année charnière dans le développement du DIY avec la convergence de plusieurs éléments : la toujours plus grande pénétration du Web, l’explosion des réseaux sociaux, le contexte économique favorable et l’accessibilité des moyens de productions

A.L’essor des réseaux sociaux et des plateformes collaboratives : le DIY se mondialise

L’essor du mouvement DIY s’est principalement développé sur le Web, notamment à travers les blogs, les réseaux sociaux et les plateformes collaboratives. En 2007, la croissance des ressources de DIY en ligne est en forte progression, encouragée par le boom de sites et de plateformes aujourd’hui incontournables comme Youtube (lancée en 2005, la plateforme atteint les cent millions de vues par jour en 2006 et atteint le milliard de vues par jour en 2009[20]), Facebook (accessible au public en 2006, il dépasse les cent millions d’utilisateurs courant 2008[21]), mais également la poursuite du développement des pratiques de blogging et notamment ceux sur le partage d’expérience[22]. Les communautés de makers vont alors s’élargir et passer outre la distance géographique. Des plateformes communautaires apparaissent alors comme le site du magazine Make crée en 2005 qui a donné naissance à des foires du Do It Yourself, les « Maker Faire » qui sont aujourd’hui les plus grands rassemblements de makers (jusqu’à des centaines de milliers de visiteurs lors de certaines foires). Ces rassemblements ont lieu partout dans le monde et la communauté dispose donc de sa plateforme pour échanger et partager sur la pratique du DIY. On peut également mentionner des plateformes comme Etsy fondée en 2005 qui propose aux makers de mettre en vente leurs créations ou de trouver des fonds. Les années 2006-2009 ont également vu naître de nombreuses plateformes spécialisées dans la récolte de fonds pour mener à bien différent projets qu’ils soient artistiques (musical avec mymajorcompany), ou très divers comme sur Kickstarter (créé en 2009).

Ce tissu de sites et de plateformes contenant à la fois de l’information (tutoriels, savoir encyclopédique, démonstrations, retour d’expérience), des échanges et des discussions (forums de discussion, plateforme collaborative), des méthodes de financement (crowdfunding, site de vente) a permis à la communauté makers/DIY de s’organiser, de se structurer et de sortir de cercles relativement restreints en s’ouvrant sur le monde et en supprimant la distance géographique. Les individus peuvent maintenant trouver aisément les informations nécessaires au développement de leur projet Do It Yourself. Dans leur livre L’âge de la multitude : Entreprendre et gouverner après la révolution numérique, Nicolas Colin et Henri Verdier expliquent qu’«aujourd’hui [des milliards d’être humains sont] instruits et informés, équipés et connectés. Leur désir de créer, de communiquer et de partager n’a jamais rencontré autant de possibilités de passer à l’acte[23]», d’autant plus que, comme le souligne Patrice Flichy dans Le sacre de l’amateur, « grâce aux instruments fournis par l’informatique et par Internet, les nouveaux amateurs ont acquis des savoirs et savoir-faire qui leur permettent de rivaliser avec les experts. » Le web a permis la constitution d’une « intelligence collective[24]  ». Le regain d’intérêt pour le DIY s’explique donc par le désir et la possibilité de créer des choses de qualité en accédant par le réseau à un savoir-faire qui n’était pas accessible. Ce regain s’explique également par une conjoncture économique et sociale particulièrement favorable.

B.Facteurs économiques et sociaux

L’année 2007 a été marquée par le déclenchement d’une crise financière majeure dont les répercussions nous affectent encore près de dix ans plus tard. Cette crise, qui en entraînant une chute des places boursières mondiales et les faillites de certains établissements bancaires, a perturbé, outre le secteur financier, l’ensemble des secteurs de l’économie. Les entreprises et les particuliers ont de plus en plus de difficulté à obtenir des prêts et les conditions d’accès sont de plus en plus drastiques. De plus, la croissance et les investissements ont diminué et entraîné par effet de dominos une augmentation du chômage. Or, dans un contexte de crise où l’avenir est incertain, les ménages limitent leur consommation et s’intéressent à des alternatives moins coûteuses. Le Do It Yourself devient donc un moyen de produire soi-même et à moindre coût. On cherche alors à limiter ses dépenses en effectuant le plus de choses possibles. D’autre part, avec un marché de l’emploi morose offrant peu d’opportunités, la possibilité de créer son activité à travers le DIY devient un moyen d’être soi-même le pourvoyeur de son emploi. Ainsi, la crise économique débutée en 2007 a poussé certains individus à se tourner vers des pratiques alternatives et a également renforcé un sentiment de rejets vis-à-vis du système économique actuel et de ses dérapages. Ce faisant, on a assisté à un retour aux sources du DIY et de ces influences contre-culturelles ainsi qu’au développement d’autres principes comme l’économie solidaire ou collaborative qui retrouvent un certain écho dans les valeurs que le DIY et les makers véhiculent. L’idée de produire et d’organiser la société autrement s’est donc propagée de différentes manières, que ce soit à travers des mouvements sociaux comme le mouvement des indignés, Occupy Wall Street. Le mouvement tend à vouloir appliquer les pratiques du numériques dans le monde physique comme les modèles d’innovation ouverte et horizontale. Cette période de crise a donc eu pour conséquence d’affirmer les manifestes de la communauté maker publié dans les années 2005[25]. Ainsi selon Véronique Routin et Daniel Kaplan de la FING, « Les makers défendent ainsi un esprit, une attitude, une éthique tournée vers l’émancipation des individus auxquels ils proposent d’agir plutôt que de subir, de se prendre en main plutôt que de se déresponsabiliser. Ils racontent une industrie plus vertueuse, plus attentive aux gens comme à l’environnement. » Cependant, cette industrie plus vertueuse doit encore naître et une dernière évolution va permettre de rendre plus tangible cet idéal maker. Il s’agit de l’accessibilité aux moyens de production, qui encore aujourd’hui reste la principale barrière entre une idée et sa réalisation.

C.Atelier de production numérique, l’accessibilité des moyens de production

Dans son livre Makers : La nouvelle révolution industrielle, Chris Anderson explique que nous vivons actuellement une nouvelle révolution industrielle dans laquelle nous passons « des bits aux atomes ». Il entend par là que nous entrons dans une ère où le lien entre le virtuel et le réel s’amenuise et l’accès aux technologies rend l’acte de production plus accessible. L’individu peut produire personnellement des objets de façon plus ou moins autonome. La réduction des prix des machines de conception et la fabrication assistées par ordinateur a permis aux amateurs d’accéder à des outils qui étaient jusqu’à lors réservés à des professionnels. Si l’entrée dans une nouvelle révolution industrielle peut prêter à débat, il est intéressant de noter la multiplication des ateliers de fabrication numérique rendant accessible ces outils ainsi que la curiosité accrue que provoquent ces espaces auprès du public.

Fablab-trendFigure 2 Evolution de l’intérêt pour les recherches « fablab » et « hackerspace » – Google Trend

mouv-maker

Figure 3 Evolution du mouvement makers au prisme des Fab Labs français – Maker Faire Paris

Le concept contemporain d’atelier de fabrication numérique (fab lab, hackespace/makerspace…) trouve son origine dans les ateliers communautaires des années 90 qui travaillaient principalement sur l’informatique et l’électronique[26] puis par la création du « Center for Bits and Atomes » en 2001 par Neil Gershenfeld professeur au MIT. C’est d’ailleurs sous cette dernière forme que le modèle des ateliers de fabrication numérique, et plus particulièrement du fab lab, va se développer. Le concept de fab lab va alors répondre à une charte[27] :

Tableau 1: Charte des Fab Labs par Artilect.fr

Chartefablab

Si les ateliers de production numériques ne répondent pas tous à cette charte et présentent donc des différences, ils se structurent tous autour de plusieurs principes que le FING a identifié dans son rapport sur l’état des lieux des ateliers de fabrication numérique[28] :

  • Des outils connectés à faible coût au service de la collaboration et de l’échange de donnés.
  • Des populations hétérogènes avec des savoirs, des expertises et des modes de réflexion différents.
  • Une vision alternative de la propriété intellectuelle : libre, open source, Creative Commons…
  • Un fort esprit communautaire à la fois physique et virtuel

On retrouve dans ces quatre piliers les valeurs des mouvements DIY et makers. Par ces ateliers, les makers ou praticiens du DIY gagnent donc en autonomie et ont la possibilité de mener à bien leurs projets mais également de les faire passer à des échelles supérieures tout en restant fidèle aux valeurs de la communauté, ce qui n’était jusqu’à lors pas envisageable. Les nouvelles technologies de production et leur accessibilité représentent une opportunité majeuer pour le développement des pratiques de DIY. En effet comme Chris Anderson le souligne dans son ouvrage, l’économie numérique est encore loin de l’économie du réel, le fait de créer un pont entre les deux par la création d’atelier peut intéresser un nombre croissant d’individus qui y voient une opportunité concrète de réaliser des choses.

Conclusion

Selon Chris Anderson, le mouvement maker représente et mène la nouvelle révolution industrielle. Il déclare en 2012 dans son ouvrage Makers : La nouvelle révolution industrielle que « dans les dix dernières années, on a cherché de nouvelles manières de créer, d’inventer et de travailler ensemble sur le Web. Dans les dix prochaines années, on appliquera ces leçons au monde réel[29]». Si l’affirmation reste à confirmer à l’échelle de l’économie mondiale, elle n’en est pas moins déjà d’actualité dans le Do It Yourself et la mouvance maker. Cette pratique s’explique par la naissance et les influences du DIY et par la convergence à la fois technologique et sociale. Le numérique et le Web ont été les facteurs déterminants de cette résonnance. Le schéma ci-dessous issu de Système DIY : Faire soi-même à l’heure du 2.0 d’Étienne Delprat représente bien ce nouveau modèle et l’implication du Web dans son fonctionnement.

Neweco

Aujourd’hui, le DIY et la mouvance maker poursuit son développement et touche de plus en plus d’adeptes en proposant une forme d’alternative au modèle industriel actuel. De là à parler d’une nouvelle révolution industrielle, comme Chris Anderson, il ne reste qu’un pas et ce sont les évolutions des techniques de productions des mouvements DIY et leur appropriation par un public toujours plus grand qui, dans les années à venir, permettront de voir si nous basculerons vraiment dans une nouvelle révolution industrielle, celle d’une industrie collective de makers.

Notes:

[1] http://www.strategie.gouv.fr/sites/strategie.gouv.fr/files/atoms/files/etude_internet_2030-web.pdf p.104

[2] Ibid p.110

[3] Ibid p.110

[4] http://cba.mit.edu/about/index.html

[5] http://www.economie.gouv.fr/files/seminaire-numerique-axe.pdf

[6] http://www.entreprises.gouv.fr/secteurs-professionnels/aide-au-developpement-des-ateliers-fabrication-numerique

[7] https://fr.wikipedia.org/wiki/Do_it_yourself

[8] Ibid

[9] http://www.ecoreseau.fr/club-entreprendre/2015/01/29/la-revolution-makers/

[10] http://videos.liftconference.com/video/8985705/lift-fr-2013-veronique-routin-et

[11]https://fr.wikipedia.org/wiki/Do_it_yourself

[12] ibid

[13] https://en.wikipedia.org/wiki/Whole_Earth_Catalog

[14] http://www.qamaqi.com/blog/la-fabuleuse-histoire-du-diy/

[15] do it yourself ! Autodétermination et culture punk, de Fabien Hein, Le Passager clandestin (édition), 2012.

[16] Cours de Sociologie du web S1 CMW UPEM

[17] http://www.evolutionoftheweb.com/?hl=fr

[18] https://fr.wikipedia.org/wiki/World_Wide_Web#Chronologie

[19] https://memoirefablabensapvs.com/2015/04/11/i-a-3-le-developpement-du-mouvement-des-makers/

[20] http://www.blogdumoderateur.com/l-evolution-de-youtube-en-une-image/

[21] http://www.lemonde.fr/technologies/infographe/2012/02/01/evolution-du-nombre-d-utilisateurs-de-facebook_1637419_651865.html

[22] http://www.wsj.com/articles/SB119074337787638918

[23] http://colin-verdier.com/l-age-de-la-multitude-le-livre/

[24] Patrice Flichy, Le Sacre de l’amateur, 2010, Seuil. p8

[25] http://makezine.com/2006/11/26/owners-manifesto/

[26] http://fing.org/?Etude-Etat-des-lieux-et-typologie p8

[27] http://www.artilect.fr/fablab/

[28] http://fing.org/?Etude-Etat-des-lieux-et-typologie p8

[29]Chris Anderson, Makers : La nouvelle révolution industrielle, 2012, Crown Publishing Group, chap.2

Bibliographie:

  • Ouvrages:

Chris Anderson, Makers : La nouvelle révolution industrielle, 2012, Crown Publishing Group

Patrice Flichy, Le Sacre de l’amateur, 2010, Seuil

Fabien Hein, do it yourself ! Autodétermination et culture punk, 2012, Le Passager clandestin

Fabien Eychenne, Fab lab. L’avant garde de la nouvelle révolution industrielle2012, La Fabrique des possibles.

  • Webographie:

Les sites:

http://fing.org : Site de la Fondation Internet Nouvelle Génération

http://www.internetactu.net/ : Site d’actualités autour des enjeux, recherches et usages du web

http://makezine.com/blog/ : Site éditorial autour du web pour la communauté Maker

http://www.entreprises.gouv.fr/secteurs-professionnels/economie-numerique : Site du gouvernement sur la politique numérique

https://en.wikipedia.org : Encyclopédie collaborative

http://cultures.numeriques.colibre.org/?page_id=4609 : Blog pédagogique et expérimental des masters de l’ICOM (Lyon2)

Rapports d’études et mémoires:

Étude de 2014 de la FING pour la Direction Générale des Entreprises : « État des lieux et typologie des ateliers de fabrication numérique. http://fing.org/?Etude-Etat-des-lieux-et-typologie

Étude de 2013 du commissariat général à la stratégie et à la prospective : « La dynamique d’internet, Prospective 2030 ». http://www.strategie.gouv.fr/sites/strategie.gouv.fr/files/atoms/files/etude_internet_2030-web.pdf

Mémoire de Bertrand Alice sous la direction de David Prud’homme – 2013 « Je fais donc je suis, Apprendre Do It Yourself ». http://fr.slideshare.net/alicecoop3r/2013-bertrand-alicejefaisdoncjesuis

Mémoire de Matthieu Vergote sous la direction d’Olivier Hirt – 2014 « Le DIY contemporain ». http://www.ensci.com/uploads/media/memoire_Matthieu_Vergote.pdf

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