Oyez, oyez ! Internet, vecteur de communication muséale : La politique numérique du musée de Cluny

Alice Hoang - Master 2 CMW

En 2016, la Direction générale du Patrimoine, affiliée au ministère de la Culture et de la Communication publie un dossier avec les statistiques de fréquentation des musées de France. Alors qu’en 2010, le nombre d’entrées était de 57 495 153, quatre ans plus tard en 2014 elle s’élevait à 64 884 924, soit une augmentation de 19,9% de la fréquentation (7 millions d’entrées de plus). Cette évolution s’organise alors que les musées s’harmonisent avec un public de plus en plus prédisposé au monde numérique. Dans quelle mesure pouvons nous attribuer cette hausse de fréquentation à la politique numérique des musées ?
Nous avons choisi d’utiliser le Musée national du Moyen Âge -situé à Paris- dans notre étude de cas, à cause de sa politique numérique très active, liée à un projet de modernisation générale1.

Notre objet, le Musée national du Moyen Âge est un “Musée de France”, donc une institution muséale appartenant à l’État – comme ici- ou à une autre personne morale de droit public ou à une personne de droit privé à but non lucratif. Nous utiliserons aussi son nom plus familier, Cluny, au cours de notre étude.

Le terme de politique numérique sera fréquemment utilisé en englobant ici toutes les stratégies de communication numérique utilisées par le musée. Ils sera question du site Internet, des média sociaux, mais aussi de toutes les instances de présence numérique par le musée. Nous nous concentrerons sur le site vitrine, tout en constituant des liens avec les autres pôles de présences numériques. Ce musée, de taille moyenne, est essentiellement connu pour son architecture et sa location, installée entre un site archéologique (des thermes gallo-romains du Ier siècle) et un hôtel particulier du XVème siècle.
Il est toujours difficile d’établir un lien de causalité entre deux phénomènes parallèles. Est ce que l’on peut avancer que l’augmentation de la fréquentation d’un musée est liée à un dispositif de communication particulier, alors qu’elle pourrait tout aussi bien être liée à un rejaillissement d’un intérêt pour l’Histoire chez les Français ?
Ce développement de la communication muséale se fait, nous le verrons aussi, dans le cadre d’une nouvelle tendance, mettant au premier plan l’interactivité entre le visiteur et le musée par le biais de conférences, d’ateliers, d’événements et festivals. Nous nous sommes intéressés dans sur le message véhiculé le site lui-même, qui finalement, est un questionnement à part entière. Comment communiquent-ils, et tendent-ils à un message particulier ? Est-ce un site à but message informatif, fonctionnel, politique ? Comment ce message est-il reçu, perçu, puis décodé par ceux qui visitent le site ?

Dans un monde de plus en plus numérique, où informations et images regorgent, comment le développement d’un nouveau site internet pour le Musée national du Moyen Âge a-t-elle changé les modalités de la visite et de l’expérience muséale ?

Nous traitons dans un premier temps du contexte historiographique de notre sujet, en faisant un tour d’horizon de la place du Moyen-Âge dans la société française, puis de sa relation avec l’Internet. Du Moyen-Âge pensé sur Internet puis Moyen-Âge pensé par l’Internet, nous traitons rapidement des différentes manières dont le monde médiéval est aujourd’hui mis en scène dans le monde numérique francophone.

Parler du Moyen-Âge, penser le Moyen-Âge.

Jacques le Goff, dans son ouvrage A la Recherche du Moyen Âge, paru en 2006, appelle Pétrarque (1304-1374) le premier “entébreur” du Moyen-Âge. Il est le premier à utiliser ce terme de medium tempus – âge du milieu – qui devient plus tard medium aevum, l’époque du milieu.

Car parler du Moyen Âge, c’est d’abord parler de comment on en parle. Le Moyen Âge, qui parmi toutes les périodes a été la plus politisée, qui comprend aujourd’hui encore de nombreux mythes, d’idées factices et évoque de multiples notions négatives. Nous parlons par exemple d’une pratique moyenâgeuse lorsqu’ils s’agit d’un fait tyrannique, barbare, inculte. Les humanistes et plus tard, les philosophes des Lumières cherchent activement à donner au Moyen Âge une connotation négative, le plaçant entre la Renaissance du XVIeme siècle et le monde antique qu’ils cherchent à se réapproprier. L’opposition est ici claire, surtout de la part de l’historiographie anglo-saxonne qui utilise le terme Dark Ages (âges sombres). Le Moyen Âge est donc vu comme une période de déclin, un pis-aller dans la croissance de l’humanité, surtout face aux Lumières qui opposent la foi médiévale et la Raison de leur contemporains.

C’est à la fin du XVIIème qu’une rupture s’annonce dans l’image négative du Moyen Age. Dans la première moitié du XVIIIème siècle, des nombreux recueils d’oeuvres littéraires médiévaux sont édités et mis à disposition. L’art, la culture et la pensée médiévale sont remis au goût du jour par le mouvement romantique. Alors que les Lumières tiraient une partie de leur légitimité par la condamnation du Moyen-Âge, les romantiques en tirent une nouvelle vision fantasmée. Le Moyen Âge sombre, ignorant et superstitieux devient beau, merveilleux, pieux. A l’esthétique baroque, déclamée par l’humaniste Giorgio Vasari (1511 – 1574), on trouve son pendant en Chateaubriand -1768-1848) qui écrit en 1802 le Génie du Christianisme, ouvrage qui acclame la nature et le gothique. Le Goff écrivait de ce Moyen Âge romantique “il est à la fois terrible et merveilleux, violent et familier”. La période médiévale obtient ses lettres de noblesse, mais n’en reste pas moins détournée une nouvelle fois par une nouvelle vague mythes et légendes aujourd’hui encore tenaces, qui se développent à cette époque.

Au XIXè siècle, l’enjeu de la IIIè République est d’établir un sentiment national.

Augustin Thierry écrit alors Récits des temps mérovingiens et Essai sur la formation et les progrès du Tiers Etat. Il est question de légitimer le régime politique actuel en créant un généalogie linéaire où le Moyen Âge devient une période fondatrice. L’enjeu est de créer une identité nationale forte par une histoire de France unique, simple, et jonchée de personnages historiques remarquables. C’est à ce moment que les biographies sur Jeanne d’Arc ou Vercingétorix pullulent, et que s’écrit la formule si connue : “nos ancêtres les Gaulois”. Les études scientifiques sur le Moyen-Âge voient le jour, avec la création de l’école de Chartes en 1821 et la création de notre objet d’étude, le musée de Cluny en 1843, à Paris. L’intérêt pour les monuments et symboles patrimoniaux est largement souligné, nous le voyons dans le Vézelay, le Mont Saint-Michel, les châteaux de la Loire et les forets françaises.

L’historiographie médiévale continue de se développe aujourd’hui encore. Depuis l’École des Annales et la Nouvelle Histoire, les recherches tendent à nuancer et remettre en cause les mythes véhiculés aujourd’hui encore sur le Moyen Age. De nombreux médiévistes travaillent à la transmission du savoir au grand public comme Régine Pernoud (1909-1998), George Duby (1919-1996) ou Jacques le Goff (1924-2014).L’Antiquité, période restée jusque là préférée par le public, perd peu à peu son autorité dans la publication de magazines, les revues et dans les initiatives culturelles. Cette année, la Cité des Sciences organise avec l’INRAP, une exposition sur le Moyen-Âge, ses mythes et les nouvelles découvertes que les médiévistes ont fait ces dernières années (« Quoi de neuf au Moyen Âge ? » exposition du 11 octobre 2016 à août 2017). Le Moyen-Âge obtient une place de choix dans le monde du divertissement : l’univers et les codes médiévaux sont présents dans les romans les plus populaires comme Games of Thrones ou Le Seigneur des Anneaux, mais aussi dans les séries télévisées (Kaamelott) et les festivals (à Provins ou Pouy du Fou).

Moyen-Âge sur Internet, Moyen-Âge par Internet

Nous l’avons vu, le Moyen-Âge s’insinue aujourd’hui dans la culture, le divertissement et aussi le monde numérique. Internet fait la part belle au monde médiéval. Des chercheurs et professeurs écrivent sur la toile pour vulgariser, expliquer et rendre compte des dernières découvertes dans la médiévistique française. Notons tout d’abords le site Ménestrel, un réseau sur Internet qui offre gratuitement, depuis 19 ans aujourd’hui, des ressources documentaires à propos des recherches dans la disciplines.
Des articles rédigées sur la Toile par des historiens deviennent parfois très populaires. Erik Kwakkel -un historien du Moyen-Âge spécialiste en codicologie- obtient plus de 18 000 abonnés sur Twitter grâce au blog qu’il tient sur ses recherches. Une série d’articles qu’il a écrit sur les gribouillis au Moyen-Âge font fureur : il sont repris plus tard par The Daily Mail, Huffington Post et CNN. Autant le dire, certains médiévistes sont bien présents sur les sites d’actualités. Patrick Boucheron, aujourd’hui membre du Collège de France, a écrit pour Rue89, Libération et Le Monde. Il parle du Moyen-Âge par l’intermédiaire d’Internet, tout en pensant le Moyen-Âge grâce à Internet. Réflexion sur l’espace privé et public, le rapport au pouvoir, le selfie, les tweets… Internet est à la fois un support de comparaison et un espace de réflexion pour les historiens.

Les chaînes des vulgarisation historiques ont aussi leur mot à dire. Alors que les conférences d’Henri Guillemin (1903-1992) retrouvent une belle popularité sur la toile depuis que ces vidéos ont étés mis en ligne sur Youtube (4 millions de vues, bien plus que le célèbre Alain Decaux qui ne rencontre pas le même succès sur Toile), de nouvelles initiatives sont mises en place. Nous pouvons mentionner plusieurs chaînes comme Nota Bene (441 000 abonnés) ou Confessions d’Histoire (72 000 abonnés) qui parlent d’Histoire en général, dont de nombreuses émissions sur le Moyen-Âge.

Dans un registre moins sérieux, le compte twitter de Jehan le Brave fait fureur avec plus de 21 000 abonnés. Venant tout droit du XIVeme siècle, ce personnage s’exprimant seulement en ancien français parsemé de langue d’Oc et d’Oil, amuse la twittosphère de ses aventures. D’autres utilisateurs détournent l’iconographie médiévales en y ajoutant des légendes. Le compte Twitter de Réactions Moyen-Âge joue avec les même codes que les Lolcats, tandis que le tumblr B4-XVI (beforesixteen) appelle à faire des parallèles entre les oeuvres d’art médiévales et de la Renaissance, et les rappeur contemporains.

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Montage crée par le compte twitter de Jehan le Brave

Le Moyen-âge, nous l’avons vu, a encore de belles années devant lui. Cette période fascine la France depuis les romantiques et aujourd’hui vit une belle transition sur Internet. Moyen-Âge imaginé, ré-inventé, expliqué ou burlesque, c’est tout le registre culturel qui s’approprie cette période de l’Histoire. Le prolongement naturel de ce papier est de se pencher sur le musée national du Moyen-Âge et de sa relation avec le monde numérique.

Le site du musée

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Page d’accueil du site

Le musée est l’un des pilier du la conservation et la valorisation du patrimoine. Leur mission est double, à la fois de mener une mission de recherche scientifique mais surtout de diffuser et éduquer le public à ses oeuvres. Ils conservent, restorent, préservent, mais doivent aussi mettre en scène, exposer et animer. Les oeuvres sont mises en valeur, interprétées et expliquées pour rendre leur contexte. Origet du Cluezau, dans son ouvrage Le tourisme culturel, parle de “rendre significatives au visiteur l’identité et les fonctions des objets présentés”. Les supports sont multiples, pour attiser l’intérêt du public et aujourd’hui, certains deviennent actifs. Les pratique muséales deviennent de plus en plus ludiques à mesure que le numérique prend le pas dans notre quotidien. Aux maquettes s’ajoutent projections, expositions, ateliers, concerts, et bien sur, présence sur Internet.

Nous nous concentrerons sur la mise en valeur et l’utilisation du site Internet, bien que Cluny soit actif sur de nombreuses autres plateformes. Nous décrivons d’abord le site internet actuel, qui a subi une refonte totale en 2014 pour se conformer à une nouvelle politique numérique plus actuelle (www.musee-moyenage.fr). Le site divise sa page d’accueil en plusieurs parties. La partie “header” prend l’apparence de parapet et de créneaux. On dirait que nous apercevons les toits du musée de l’extérieur, par dessus un chemin de ronde. Le parallèle avec les murs d’un château est probablement délibéré : le site sert de vitrine extérieur au visiteur.

L’accueil est divisé en sept catégories, séparées physiquement par une diagonale. A gauche, les informations concernant les visiteurs (sur les oeuvres, informations pratiques), tandis qu’à droite se trouve la partie destinée à l’internaute professionnel (nous parlons ici de la presse, des entreprises partenaires et des mécènes) ou même l’internaute impliqué (se trouvent aussi les actualités du musée, ses travaux en cours et ses nouvelles acquisitions)

Un carrousel est installé dans la section suivante : ici un aperçu des nouveautés, des expositions, des dossier thématiques…Ce carrousel représente chaque partie du site et montre un article représentatif de chacun d’entre eux.

De la même manière, l’agenda donne au visiteur un aperçu des nouveaux événements, ateliers et conférences mis en places par le musée. Ces deux dispositifs sont présentées en premier lieu pour donner au visiteur un aperçu instantané des informations les plus importantes. 

Les oeuvres

Sur le reste de la page et du site, le musée met en avant ses oeuvres. Dans la section Les Oeuvres, une sélection de douze oeuvres classiques sont présentées. L’accent est mis sur l’esthétisme, par les belles images et la présentation épurée. Les images n’ont pas d’information, sauf au survol ou les titres des oeuvres apparaissent. Toutes les informations sont donc mis au second plan pour donner l’occasion aux oeuvres de parler d’elle-mêmes. Il est question de frapper les sens du visiteur, de lui offrir un avant-goût de l’expérience muséale.

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Les oeuvre incontournables, seconde partie de la page d’accueil

Dans la partie suivante, un autre carrousel propose de lire dossiers thématiques liées au musée. Il s’agit d’articles traitant d’une thématique (“Sacré Moyen age” ou “Vêtements et couvre-chef au Moyen-Âge”et mettant en avant un certains nombres d’idées, long d’un paragraphe. Ces dossiers informent et expliquent au grand public. Transmission d’un savoir exact mais donné sans fioritures, ces dossiers thématiques entrent parfaitement dans la logique des objectifs muséales.

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Les dossiers thématiques

Fait particulièrement intéressant, les dossiers sont assortis par des photos d’oeuvres hébergées dans le musée, dont les références servent d’exemples et d’illustrations aux notions expliquées dans le texte.

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Détail d’une page de dossier thématique : Art et Nature au Moyen-Âge


Enfin la dernière partie est une frise chronologique, qui répartit les oeuvres du musée dans le temps. En faisant dérouler le curseur de la frise, il est possible de déterminer les origines de chaque oeuvre.

Quant au footer, il héberge des informations pratiques, l’adresse du musée, les horaires d’ouvertures ainsi que le tarif. Il possède les icônes de réseaux sociaux, qui apparaissent sur le côté du site.

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Fin de la page d’accueil

Chaque oeuvre possède une page dédiée, qui contient le contexte de fabrication, de conservation mais aussi des explications sur son sens et sa symbolique. Certains termes qui nécessitent une explications renvoient à un glossaire par un hyperliens. Le visiteur est encouragé à découvrir, flâner et s’intéresser au monde médiéval en sautant à travers les pages.

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Page d’une oeuvre : Traité de combat du XVe siècle

Une partie physique est aussi proposée. Hauteur, largeur, son histoire (période, lieu de production, de découverte, de destination et parfois les techniques employés pour la création)

Une carte est inclue sur la page, pour expliciter son origine de naissance. Par cette carte, il est possible de passer aux autres oeuvres, qui sont disséminés de manière visuel sur cette carte de l’Europe. Sur certains articles, des liens sortant sur des vidéos d’explications de France TV éducation sont aussi disponibles.

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Carte de l’oeuvre, Traité de combat

La page « Visite »

La page Visite contient les informations pratiques quant à l’ouverture, l’adresse et le tarif d’entrée du musée. Ces informations sont rédigées en français, anglais et espagnol pour le confort de chacun. La plupart de ces informations sont réitérées dans le footer : adresse, téléphone, mail, horaires d’ouverture et tarifs sont inclus pour une accessibilité facilitée. Ainsi le visiteur peut à partir de chaque page, même de l’accueil, accéder aux informations essentiels de l’institution. Cette décision est d’autant plus pertinente que les visiteurs cherchent en priorité ces informations lorsqu’ils arrivent sur le site.

Les autres dispositifs de communication digitale

Le musée national du Moyen-âge est particulièrement actif sur Internet via de nombreux comptes (voir entretien), dont des réseaux sociaux. Facebook compte 3 682 personnes like et 3 631 abonnés à la date du 28 décembre 2016. La page est régulièrement mis à jour avec pas moins de 4 jours sans entrée. Quant à Instagram et Twitter, nous pouvons compter 609 et 52300 abonnés respectivement à la date du 28 décembre. Initiative originale, nous pouvons noter la présence de Sketchfab, un site de mise en ligne de modélisation 3D, que le musée met à disposition.

Prenons le cas du Twitter du musée : le ton est clairement convivial et privilégie une interaction plus personnelle et accueillante que le site qui reste factuel. La communication n’hesites pas à rester au plus près des internautes en les mentionnant directement par nom et répondre aux questions qui leur sont tweetés. Affirmer leur présence dans le monde des professionels du Moyen-Âge mais aussi de l’actualité semble être le fer de lance de l’entreprise. Ainsi, le Twitter recense les actualités des différents musées, bibliothèques, magazines et autres acteurs de l’historiographie médiévale. Le musée à aussi participé à la semaine internationale #AskACurator sur Twitter. Les musées participants ont tous annoncés qu’ils étaient disponibles pendant la semaine pour répondre à toutes les questions que leur visiteurs se posaient, tout en postant des informations sur l’envers du décor des musées. Récemment, pour la final du championnat mondial de Handball, le musée était présent sur Twitter pour commenter en direct le match, le tout illustré avec des photos de leur collection.

Conclusions

Il est clair que le remaniement du site a été fait avec la problématique de la mise en valeur la collection du musée de Cluny. L’iconographie est omniprésente (Oeuvres Incontournables, Dossier Thématiques, Frise chronologique, Page dédiée et carte). Il est visiblement question de donner au visiteur plusieurs entrées et contextes pour appréhender les oeuvres. Le contexte est historique et social lorsque l’oeuvre est mentionnée dans un dossier thématique, temporel pour la frise chronologique, spatial pour la carte, industriel pour la page dédiée. C’est donc un voyage pour le visiteur qui se promène, se déplace entre les pages et ultimement, apprend sur le monde médiéval.
Quant aux réseaux sociaux que nous avons brièvement abordé (par Twitter), nous avons constaté une approche beaucoup plus convivial et personnalisé. C’est donc une approche complémentaire entre renseignement et interactivité, entre informations factuelles et échanges personnalisés. Cluny se démarque particulièrement des autres musées de France et de Paris par une présence humaine particulièrement forte, qui met en avant l’humanité de l’institution tout en véhiculant un savoir sur le monde médiéval : une approche tout à fait parallèle aux autres vecteurs de savoir médiéval sur Internet, comme les chaînes Youtube de vulgarisation historique.  

 

Annexes

Nous avons contacté le pôle communication du musée de Cluny par mail le 22 novembre 2016, pour nous informer sur leur dispositif de communication numérique. Elise Grousset, responsable communication et partenariat a bien accepté de nous répondre.


Cluny est, à mon expérience, particulièrement investi dans les initiatives numériques par rapports aux autre musées, pensez vous que ces projets ont eu un impact bénéfique sur la fréquentation du musée ces dernières années ?
Le premier réseau social dans lequel Cluny s’est investi est Twitter, en 2010. Le compte @museecluny possède plus de 50 000 abonnés à la date du 15 octobre 2016. Nous participons notamment à des événements culturels sur Twitter, comme #MuseumWeek ou bien #AskACurator
Un nouveau site a été lancé en mars 2014, renouvelé à la fois dans la forme (responsive design) mais aussi dans le fond, en mettant en avant les collections du musée. C’est aujourd’hui le site disponible sur Internet.
De plus, depuis 2014, le musée envoi des lettres d’informations électroniques mensuelles pour rendre compte des actualités et de la programmation culturelle du musée.

En 2015, nous avons lancé un compte Sketchfab en lien avec la RMN-GP en charge de la numérisation des collections du musée.
En octobre 2016, nous avons ouvert une page Facebook ainsi qu’un Instagram pour le musée.

La stratégie éditoriale de Cluny a évolué au cours des ans, selon les cibles mais aussi les usages de ces différents supports et réseaux.
En ce qui concerne la fréquentation du musée, on constate un lien entre visite virtuelle et visite physique, la page la plus consultée étant celle des informations pratiques. De la même manière, concernant les concerts programmés dans le musée, en soirée, il a été constaté ces derniers temps qu’une majorité de places ont été achetées en ligne depuis notre site web.  

Je pense que la majorité de vos visiteurs connaissent votre site Internet et votre compte Twitter, mais je vous ai aussi retrouvé sur le site de Sketchfab, un site de numérisations 3D et de réalité virtuelle (pourtant pas très connu en France…). Pouvez vous me parler des plateformes sur lesquelles vous avez une présence en ligne ?
Nous sommes présents sur une multitudes de réseaux et de supports digitaux, mais pas de la même façon, ni dans les même occasions.

  • Twitter : Facebook ; Instagram : présence très régulière, quotidienne
  • Sketchfab : en fonction des mises à jour liées aux numérisations de nos œuvres
  • TripAdvisor : réponses régulières aux avis/questions des internautes
  • Youtube : vidéos postées quand on en produit
  • Soundcloud ; Four Square ; Google+ : peu alimentés mais présence effective du musée

De nombreuses activités sont mis à disposition sur le site : conférences, ateliers, concerts etc… D’après vous, les visiteurs qui fréquentent ces activités culturelles ont-ils plutôt été informé par le site ou bien par des pancartes, flyers etc ?
Nous communiquons par voie classique en affichage autour et dans le musée sur toutes les activités programmées dans le semestre. Mais aussi via le site internet. En période d’exposition temporaire de l’achat d’espace complète le dispositif avec annonces en presse, couloirs de métro, radios, etc. Nous n’avons aucune étude pour le moment qui nous permette de savoir quel est le canal d’information de ces visiteurs.

Le site est le lieu de contact principal entre l’équipe de Cluny et le public, avez vous déjà pensé à créer des “espaces perso” où le visiteur pourrait avoir un rapport encore plus personnalisé avec le musée ?
Non, la création d’espace perso sur notre site internet n’est pas prévu pour le moment et ne fait pas partie des objectifs de développement à court terme du site. En effet, le musée ne mène pas à l’heure actuelle de politique de collecte et d’exploitation de données sur les visiteurs. Nous privilégions le contact personnalisé sur les réseaux sociaux où nous nous efforçons de répondre le plus précisément possible et dans les meilleurs délais à chacun.

Questionnaire visiteur 1

Ceci est une interview donnée par une visiteur de 22 ans, faite le samedi 21 décembre, enregistrée au dictaphone et retranscrite le jour même.

Bonjour,

Connaissez vous le musée de Cluny ? Quand y-êtes-vous allé la dernière fois?

Je ne connais pas très bien le musée, j’y suis allée une fois avec mon école en primaire. J’y retourne aujourd’hui au hasard, c’est un petit musée au centre de Paris donc je passe le temps.

Fréquentez vous souvent les musées ?
Pas autant que j’aimerais ! J’aime bien les musées d’art, les expos etc, mais je n’ai pas vraiment le réflexe d’y aller, même si j’aime bien une fois que j’y suis.

Consultez-vous régulièrement les sites Internet des différents musées?
Oui, quand j’y vais, il faut que je regarde le site pour savoir comment y aller, le prix etc.

Si oui, trouvez vous que les sites d’institutions muséales proposent des informations adéquates ?
Certains sont très bien, d’autres ne mettent pas vraiment en avant les informations, il faut vraiment creuser, voire appeler pour être sûr.

Quelles sont vos attentes en consultant le site d’un musée?
Il faut que ce soit clair ! Et puis que ça donne envie aussi, mais oui, présenter les informations pratiques, les expos en cours etc. J’aime bien quand ils montrent des photos de l’intérieur du musée, on commence un peu la visite comme ça.

Avant une visite, consultez vous le site du musée avant de vous y rendre ?
Oui [voir plus haut]

Si oui, est-ce que cela vous a aidé à préparer votre visite?
Certains sont tellement détaillés, on pourrait faire un “programme” de la journée, comme le Louvre, mais d’autres sont assez énigmatiques. Pour les petits musées gratuit ça ne dérange pas je pense, c’est un peu l’aventure, mais quand le musée est d’une certaine taille, il faut vraiment que le visiteur ne soit pas perdu. Pour Cluny ça m’a aidé, mais j’y suis retourné après avoir visité et j’ai bien aimé les dossiers d’explications, qui donnent beaucoup d’information sur le monde du Moyen-Âge

Avez vous déjà pris connaissance, puis participé à des ateliers du musée de Cluny?
J’ai vu une pancarte de ces ateliers devant le jardin, c’est très sympa comme initiatives je pense. Pour les horaires, il faut qu’ils soient appropriés pour les gens qui travaillent par contre j’ai vu des choses pour les après-midi en semaine etc

Avez vous déjà contacté le musée par voie numérique? Twitter/mail etc
Jamais non, dans le doute j’appelle.

Qu’est-ce que vous améliorerez sur ce site si vous le pouviez ?
Je le trouve bien… Je suppose que ça fait très orange peut-être ? Mais les informations sont dessus, pas besoin de trop chercher, les images sont jolies…

Si vous aviez pu réserver une activité en ligne, l’auriez vous fait ?
Ah oui, peut-être ! Comme ça, ça serait rapide, on bloque en ligne et ça prend 2 minutes. Je ne sais pas comment ils font, mais quand on téléphone pour réserver, ça prend toujours plus de temps que poser une simple question. Et puis je n’habite pas à Paris, donc je ne viendrais pas juste pour réserver un atelier.

Pensez vous que la visite au musée Cluny se fait plus facilement grâce au site internet ?
Oui, carrément. Maintenant même les musées doivent avoir un site Internet je pense. Si je veux aller quelque part, je regarde sur Internet d’abord et si je ne trouve rien, ça me décourage tout de suite. Je me dis qu’ils ne sont pas à la page, ou bien que c’est tellement un petit truc que ça ne vaut pas le coup.

Questionnaire visiteur 2

Ceci est une interview donnée par un visiteur de 45 ans, faite le samedi 21 décembre, enregistrée au dictaphone et retranscrite le jour même.

Bonjour,

Connaissez vous le musée de Cluny ? Quand y-êtes-vous allé la dernière fois?
C’est un de mes musée parisien préféré. J’y vais très souvent, pas une fois par mois en raison de sa taille, mais plusieurs fois par ans.

Fréquentez vous souvent les musées ?
Oui, j’aime prendre le temps de faire des sorties au musée ou à des expos le week-end avec mon épouse, on regarde l’actualité des expositions temporaires, des nocturnes, des sorties culturelles etc.

Consultez-vous régulièrement les sites Internet des différents musées?
Oui, mais en général je regarde l’adresse, le prix et les horaires. J’aime découvrir sur place, donc j’évite de trop m’attarder quand il font des photos ou des dossiers pour expliquer l’expo.

Si oui, trouvez vous que les sites d’institutions muséales proposent des informations adéquates ?

En général oui.

Quelles sont vos attentes en consultant le site d’un musée?
Je n’ai pas d’attente particulières. Bien sûr il faut que l’essentiel soit là, comme les informations pratiques, mais sinon je ne juge pas sur le site. J’aime bien lorsque je vois que l’actualité de l’établissement est mis en avant, par contre : avec les dernières acquisitions, les mécènes.

Avant une visite, consultez vous le site du musée avant de vous y rendre ?
Oui, je note l’adresse et les horaires.

Si oui, est-ce que cela vous a aidé à préparer votre visite?
Oui, après un musée est un musée, ce n’est pas un voyage sur un autre continent…pour les très gros musées je regarde le plan des salles pour ne pas perdre de temps à l’entrée. On se décide à la maison !

Avez vous déjà pris connaissance, puis participé à des ateliers du musée de Cluny?
J’ai fait un atelier de dessin une fois, c’était bien mais je n’y suis pas retourné. Je ne suis pas un artiste. Nous avons fait d’autres ateliers dans d’autres musées qui étaient très bien : je pense au Louvre ou on avait fait de la mosaïque. Je n’ai pas fini avec un chef d’oeuvre, mais c’est sympathique et le professeur commençait le cours avec une visite-conférence du musée.

Avez vous déjà contacté le musée par voie numérique? Twitter/mail etc
Oui. J’ai un compte Twitter et un Facebook. Le musée de Cluny poste très souvent des images rigolotes, j’aime bien répondre parfois.

Qu’est-ce que vous améliorerez sur ce site si vous le pouviez ?
Rien, à part peut-être euh…[il regarde son ordinateur et affiche le site, et clique sur différentes pages]

Le site a des petits drapeaux pour changer la langue mais ça ne marche pas, tiens, donc ça. Je ne sais pas si les touristes espagnols et anglais sont particulièrement friands d’iconographie médiévale donc c’est peut-être un détail.

Si vous aviez pu réserver une activité en ligne, l’auriez vous fait ?
Non, ou plutôt ça dépend laquelle. Comme le choix ne m’intéresse pas, non, mais si on pouvait s’inscrire à des conférences ou des visites guidées, pourquoi pas.

Pensez vous que la visite au musée Cluny se fait plus facilement grâce au site internet ?Oui, c’est essentiel d’avoir les infos au bout des doigts. Après, je suis tellement allé au musée que le site ne m’apporte pas grand chose…Quand il y a des nouveautés c’est sur facebook et j’y suis régulièrement donc je reste à la page.

Bibliographie – Webographie

LE GOFF, Jacques et DE MONTREMY, Jean-Maurice. À la recherche du Moyen Âge. Audibert, 2003.
LE GOFF, Jacques. Pour un autre Moyen Age: temps, travail et culture en Occident: 18 essais. Editions Gallimard, 2013.
MAYER, Nonna. Le sentiment national en France. P. Birnbaum. Sociologie des nationalismes. Paris: PUF, 1997, p. 273-94.
PERNOUD, Régine. Pour en finir avec le Moyen Age. Le Seuil, 2014.
http://www.lefigaro.fr/culture/2015/08/21/03004-20150821ARTFIG00188-henri-guillemin-la-renaissance-sur-youtube.php
http://www.cite-sciences.fr/fr/au-programme/expos-temporaires/quoi-de-neuf-au-moyen-age/lexposition/
https://storify.com/museecluny/une-6e-etoile-pour-les-handballeurs-francais
http://www.lemonde.fr/technologies/article/2013/12/26/l-ecart-entre-gouvernants-et-gouvernes-atteint-un-maximum_4340395_651865.html
http://next.liberation.fr/culture/2013/12/26/un-medieviste-est-bien-arme-pour-comprendre-internet_969055
http://edition.cnn.com/2014/11/03/world/medieval-doodles/
http://www.dailymail.co.uk/femail/article-2551493/The-16th-centurys-answer-Kindle-The-medieval-book-read-six-different-ways.html
http://www.slate.fr/story/99787/moyen-age-lol

 

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