Change.org : Changez le monde en un « clic »

Change.org : Changez le monde en un   «clic»

« Slacktivisme »,  l’activiste 2.0 serait-il fainéant ?


clicktivisme

Par Vivien DUTHEIL, Master 2 CMW (groupe 1) – Promotion 2015-2017

                   Dans mon mémoire sur “Les Makers au coeur de la ville”(1), je m’étais intéressé à la figure du maker. Si cette figure peut vous paraître bien éloignée de la question de cet article et de Change.org, il y a, selon moi un trait commun :  une volonté de “hacker la société”, une aspiration citoyenne à reprendre le contrôle en tant qu’individu sur son environnement. Depuis 2007, nous traversons de profondes crises qu’elles soient économique (Crash financier de 2008), politique (mouvements citoyens), écologiques ou encore migratoires. La défiance envers l’appareil politique se fait de plus en plus forte en particulier en occident comme en témoigne les résultats des partis populistes(2), les récents votes pour le Brexit au Royaume-Uni ou encore l’élection de Donald Trump aux USA. Cette défiance vis-à-vis des institutions et des politiques poussent de nombreux citoyens à chercher d’autres biais que le vote pour s’exprimer. On ne compte plus les mouvements civils (Occupy, Nuit debout, les voleurs de chaise…), les initiatives sociales et alternatives autour du monde qui visent à faire émerger de nouveaux modèles ou de nouvelles pratiques pour un avenir meilleur. Outre ces mouvements et actions qui demandent un engagement fort du citoyen, le développement du web a développé une nouvelle forme d’expression accessible plus largement : l’E-pétition, mais quel est ce nouvel “objet” d’expression du web et quel est son impact ?

Rares sont les journées passées sans voir au détour de ses fils de réseaux sociaux ou d’actualités un appel à partager, à signer une pétition pour supporter telle ou telle causes. Ces pétitions fleurissent au gré de l’actualité locale, nationale et internationale. Elles s’affichent devant nos yeux pour nous faire part d’un problème à solutionner et auquel nous pouvons apporter notre soutien. Et ce soutien n’est pas hors de portée, un seul “clic” suffit ! Nous qui passons en moyenne  1h20 par jour sur les réseaux sociaux(3), avons la possibilité d’agir ! Mais cliquons-nous pour soulager notre conscience ou par réelle conviction ? Peut-on considérer le clic comme un acte militant au même titre que la participation à une action de terrain ? Quel est l’impact de ces pétitions? Ont-elles une réelle efficacité ? Finalement, quelle est la “promesse” qui nous pousses à cliquer? Pas moins que de « Changer le monde en un clic », telle est la promesse faites par les principaux sites de pétitions en ligne comme Change.org, Avaaz.org, Sumofus.org. Dans cet article, nous allons nous intéresser aux E-pétitions, à la notion de “Slacktivisme” et à la plateforme Change.org.


Slacktivisme, mais qu’est-ce que c’est ?

Le slacktivism est un néologisme qui est apparu avec le développement du web et des réseaux sociaux. Il s’agit de la contraction des mots anglais slacker et activism signifiant respectivement paresseux et activisme. Le slacktivism est décrit comme une pratique consistant à utiliser internet et les réseaux sociaux pour afficher son soutien à une cause, à signer des pétitions en ligne, à relayer des événements ou des manifestations. Le point commun à ces différentes actions est le faible engagement requis pour les réaliser. C’est d’ailleurs sur cette faiblesse que s’est construit l’expression en s’associant deux termes que tout oppose. En effet, dans l’esprit collectif l’activiste est tout sauf un fainéant, par l’activisme on fait référence à une forme d’engagement importante et une action sur le terrain. En France, on parle d’ailleurs plutôt de militantisme (L’activiste ayant une connotation plus violente).

Le terme militantisme désigne l’activité de ceux qui militent pour une organisation. Le militantisme est caractérisé par la figure du militant(4). Celui-ci joue un rôle essentiel, en effet lorsque qu’il rejoint l’organisation (association, syndicat, parti politique…), il ne se contente pas d’adhérer. Il participe aux actions de l’organisation. Depuis une quarantaine d’années les formes de militantisme évoluent et les actions collectives se transforment. En effet, des mouvements comme Greenpeace (Création en 1971), Act Up (Création en 1987), les mouvements alter-mondialistes des années 90 (Attac en 98), Jeudi Noir et la lutte contre le mal logement (2006) ou encore le mouvement des indignés et Occupy Wall Street en 2011 ont tous apportés des éléments de rupture avec les pratiques militantes traditionnelles. Ces ruptures sont de plusieurs ordres :

  • Organisationnelle : par exemple avec la rupture avec les partis politiques et les syndicats, l’hostilité à la centralisation et le choix de l’horizontalité ou encore l’internationalisation des mouvements.
  • Les valeurs et aux revendications : les luttes sont moins accès sur des revendications liées au travail en lui même, mais elles portent sur des revendications plus “expressives et qualitatives”(5) sur la culture, l’identité, le cadre de vie social.
  • Le rapport au politique et au syndicat : le niveau de syndicalisme en France est extrêmement faible en France (environ 8% en France en 2012, soit au dernier rang au niveau européen(6) et on compte moins de 3% de la population qui aurait adhéré à un parti politique(7) selon le CEVIPOF et ces chiffres sont encore plus faibles si on observe les catégories les plus jeunes. L’engagement aujourd’hui ne passe donc plus nécessairement par l’adhésion syndicale ou politique. Ce n’est plus l’adhésion à une idéologie globale qui sera la condition d’engagement principale, mais des causes et des valeurs spécifiques(8.
  • L’identité des acteurs : Dans la logique de la désaffection syndicale et politique, c’est l’identité dans laquelle se reconnaisse les acteurs qui changent. On est bien moins dans la lutte de classe que dans des luttes pour des groupes et des communautés spécifiques définis par des caractéristiques (écologie, corruption, féminisme, mal-logés, homosexuels, sans-papiers, etc…).
  • Communication et mode d’action : Le développement des médias et d’internet a également fait évoluer la façon d’être militant et les modes d’actions. La démonstration de force et la manifestation ne sont plus forcément les méthodes choisis pour occuper l’espace public et mobiliser.

Si le militantisme a évolué et changé de forme au cours du temps(9, le coeur n’en reste pas moins l’engagement de ses militants. C’est la que la question du slacktivism se pose. En effet, si le militantisme évolue, l’implication sur les réseaux sociaux n’est il pas simplement une forme moderne de militantisme, un cybermilitantisme ? Et bien non, selon Olivier Blondeau(10 le cybermilitantisme ou hacktivism ont une histoire qui les placent dans des typologies d’actions très différentes de celle que l’on considère comme du slacktivism. En effet, les pratiques des hacktivistes ne sont que la poursuite de l’engagement militant de terrain via les nouveaux canaux de communication, ils sont d’ailleurs baignés par une culture protestataire. A l’image des nouvelles pratiques militantes développés par les mouvements sur le terrain, les hacktivistes vont chercher des moyens de rendre visible la cause ou d’en attaquer les opposants. On peut ainsi faire le parallèle entre un sit-in devant une agence bancaire et les pratiques de flooding visant à rendre des sites inopérants. Leurs actions sont concrètes et nécessitent un investissement personnel.

C’est bien à ce niveau que le slacktivism se différencie du cybermilitantisme, car l’on “milite”, supporte une action ou une cause en fournissant un minimum d’efforts et d’engagements. De chez soi en surfant sur internet, depuis son téléphone en attendant le bus.  On peut distinguer plusieurs typologies d’actions englober dans ce qu’on appelle le slacktivism :

  • Les dons : les nouvelles technologies ont facilité la pratique du don. L’exemple de la campagne de don suivant le seisme d’Haiti où les individus pouvaient par simple envoi d’un SMS effectuer un don à la croix rouge a permit une importe récolte de don auprès de personnes qui n’auraient peut-être pas effectué une démarche de don plus classique.
  • Les produits solidaires (ou les dons en produits dérivés) : il s’agit de la décision d’acheter tel ou tel produit dont la totalité (ou une partie) des profits sera reversé à une cause.
  • Le clicktivism est l’idée d’utiliser les médias sociaux pour promouvoir une cause(11. Il s’agit de montrer son soutien via des likes, des retweets, en modifiant sa photo de profil ou en soutenant  une pétition. L’action est symbolique et permet de montrer à ses contacts, à ses pairs. Dans cet optique, une campagne réussi est une campagne populaire qui montrent via une quantité de like ou de signature qu’une problématique est importante et préoccupe tout un ensemble de la population.

On retrouve dans ces différentes actions un degré d’engagement très faible. Elles s’effectuent en un clique ou sont invisibilités (les dons dérivés d’achats). Ce manque d’implication nécessaire à l’action amène le doute quant à l’engagement des individus envers la cause soutenu. Cependant, ces différentes actions ne font pas échos aux même valeurs, ni à la même histoire. Aussi si les nombres de likes, les dons associés, les photos de profil ou les Hashtags de soutien font rarement écho dans les médias traditionnels, alors que les E-pétitions font plus souvent leur entrée de part la tradition et le droit que représente la pétition classique(12. Une E-pétition est la version dématérialisée de la pétition. Une pétition est définit comme un “Écrit par lequel quelqu’un ou un groupe expose ses opinions, formule une plainte ou une demande auprès des autorités.”(13 En France, le droit de pétition est inscrit dans la constitution de la Vème république(14, il permet de faire une demande directe, sous certaines conditions, aux représentants de l’autorité (aux collectivités locales, au Conseil Économique Social et Environnemental, au parlement européen…). Dans la pratique, une pétition peut s’adresser à toute personne morale disposant d’un pouvoir, c’est pour cela que l’on retrouve des pétitions à destination des entreprises par exemple.

Le plus souvent une pétition se présente comme un ensemble de noms et de signatures apposés à un écrit décrivant la demande. Cette forme écrite à de l’importance car c’est ce qui la distingue de l’E-pétition ou pétition. En effet, dans sa forme classique, les signatures sont généralement recueillies dans la rue, au sein d’un groupement, d’une entreprise par des volontaires et les personnes signant la pétition sont des individus physiques uniques censés être identifié. Si il est toujours possible de falsifier des signatures d’une pétition physique, il est toujours possible d’en vérifier l’authenticité. Le problème majeur de ces pétitions est leur diffusion, en effet, toute personne ayant participé à une campagne de signature de pétition sait à quel point il peut être compliqué de faire signer une pétition dans la rue et de toucher une large audience. C’est de ce constat que sont nées les E-pétitions. Grâce au développement des réseaux sociaux et à la création de sites spécialisés, le web est devenu une caisse de résonance pour les pétitions et celles-ci peuvent atteindre un public encore plus large. Ainsi, une demande personnelle et très locale peut si elle touche les internautes obtenir un nombre de signatures qui n’aurait pu être atteint en la faisant signer de façon traditionnelle.

En élargissant le nombre de personnes touchés, la pétition gagne en poids. Car si la pétition est un droit, elle n’a aucune valeur juridique. Ainsi quelque soit le nombre de signataires, elle n’a pas d’effet coercitif. Cependant, la pétition possède un pouvoir de pression sur les autorités et les décideurs car elle légitime les plaintes ou demandes et les rend visible aux yeux d’une plus large audience. On peut aujourd’hui trouver une multitude de sites dans les pétitions en ligne, les plus connus sont Avaaz.org, Change.org ou encore en France mesopinions.com. Si la pratique de la pétition en ligne a connu un essor continu et que les sites précédemment cités sont devenus des mastodontes de la pétitions en ligne(15 elle soulève de nombreuses questions à la fois sur la représentativités de ces pétitions, sur les risques engendrés par la mauvaise/désinformation qui pourrait servir à récolter les signatures, sur le « bourrage d’urne » et la falsification des participations, mais également sur les plateformes qui hébergent ces pétitions et leur traitement des données et enfin se pose sur la presque sur présence des pétitions en ligne. Dans la partie suivante, nous allons nous intéresser plus particulièrement au site Change.org et à la pratique de la pétition en ligne.


Change.org : La plateforme mondiale pour le changement

Avant de tenter de répondre aux questions entourant le slacktivism et l’objet qu’est l’E-pétition, nous allons nous intéresser aux plateformes qui les propagent. Il en existe aujourd’hui une multitude et dans un soucis de praticité, nous nous intéresserons à l’une d’entre elle en particulier : Change.org. Si elle n’est pas forcément représentative de l’ensemble des plateformes d’E-pétition, Change.Org se targue de compter plus de 160 millions d’inscrits à travers le monde et pas moins de 2 millions d’inscrits en France. Elle est donc la plateforme la plus utilisée en France. Mais en qu’est l’action concrète de Change.org ?article1

Comme nous l’avons dit précédémment, Change.org est une plateforme de pétitions en ligne, elle possède contrairement à certaine de ces concurrentes le statut d’entreprise et non d’ONG. Son action consiste à permettre aux individus et aux structures associatives ou militantes de promouvoir leur pétition et ainsi atteindre un large publique. Il s’agit d’offrir une tribune sur le web pour mettre en avant des causes. Certaines ONG comme Amnesty International ont par exemple utilisés la plateforme comme vitrine pour certaines de leurs actions. Ce qu’elle promet ? Tout simplement de changer le monde. Comment ? En agissant ! Et l’action pour Change.org c’est le soutien et la propagation de pétitions jusqu’à la victoire de la cause voulu. Le choix des mots n’est pas anodin, et en se décrivant comme la plateformepour le changement comptant les personnes qui agissent et remportent des victoires chaque jour, Change.org tiens à souligner deux choses :

  • Oui, les E-Pétitions sont efficaces et sont de vraies actions engagées!
  • Tout le monde peut agir pour changer les choses.

Le décor est donc planté pour qui visiterait le site Change.org. Pour comprendre le fonctionnement du site, il convient de distinguer deux usages : celui de lanceur de pétition et celui de signataire. Pour qu’il y ait des pétitions, il faut qu’elles soient créées et diffusées, si la tâche s’avérait complexe pour une diffusion papier avec une organisation physique pour aller au contact des individus, comment cela se passe-t-il sur une plateforme en ligne?

Sur Change.org, la manoeuvre s’avère relativement simple et rapide. Le créateur commence par choisir le nom de sa pétition :article2

Définir la personne a qui va s’adresser la pétition, c’est-à-dire l’entité décisionnaire :article3

La troisième étape consiste à décrire le but de la pétition entamée et enfin une quatrième étape conseille d’ajouter une photo ou une vidéo à la pétition pour accroître ses chances de réussite. Et vous voilà prêt à envoyer votre pétition sur le web… Enfin pas tout à fait, il vous reste à partager à au moins 5 personnes pour que votre pétition puisse devenir visible.

article4

Une fois votre E-pétition lancée, vous disposez d’un tableau de bord pour gérer la campagne. Celui-ci propose différents conseils et type d’actions à mener pour vous amener au succès. Il ne vous aura suffit que de 5 minutes pour lancer une pétition ! Il est intéressant de constater que tout au long du processus de création, la plateforme formule des conseils pour rendre votre pétition la plus efficace possible. Et l’un des conseils qui revient le plus souvent est de faire appel à l’émotion des lecteurs. Ainsi on lire : »Autorisez la mise sur le marché du médicament qui peut sauver la vie de ma fille avant qu’il ne soit trop tard » ou encore “Choisissez une photo qui transmet l’émotion de votre pétition. Les photos de personnes et d’animaux fonctionnent bien.”

Pour ce qui est de l’utilisateur rien de plus simple. En vous rendant sur Change.org, pas besoin de compte pour consulter les différentes pétitions, de même si vous naviguez sur les réseaux sociaux. Si une pétition vous intéressent, il vous suffit de cliquer dessus pour vous retrouver sur la page de soutien. Vous pouvez alors directement remplir un petit formulaire contenant : Nom – Prénom – Email et Code postal pour soutenir la cause choisit.article5

Là aussi, le fonctionnement est simple et rapide, et en quelques clics on peut apporter son soutien. L’utilisateur peut donc naviguer sur le site à la découverte de 1001 causes dans tous les domaines des plus classiques aux plus farfelus. Une fois une cause soutenu, Change.org nous propose d’aller plus loin dans l’investissement en partageant cette pétition à nos contacts, mais le site propose également des services de promotions complémentaires :

article6

En effet, Change.org étant une entreprise, elle cherche à développer son modèle économique. Une des autres méthodes par laquelle l’utilisateur est sollicité est l’appel aux dons:

article7

On constate qu’il est bel et bien simple et rapide à la fois de soutenir une cause ou de créer une pétition. Aussi, dans ma navigation sur le site de Change.org j’ai soutenu en l’espace de quelques minutes une dizaine de cause qui me semblaient intéressantes, ainsi que qu’une ou deux causes qui m’ont fait rire de part leur côté loufoque.

Le peu d’effort à fournir pour soutenir ces causes et leurs projections en masses devant nos yeux peuvent pousser à soutenir des actions sans pour autant se pencher concrètement sur le sujet. L’investissement sur le sujet est donc restreint et certains se demande si il ne s’agirait pas simplement d’un acte de bonne conscience. De même, quelqu’un de zélé et motivé par sa cause peut très rapidement falsifier des signatures. J’ai ainsi pu signer plusieurs fois les mêmes pétitions et permis à ma pétition de se lancer de façon autonome sans avoir eu à mobiliser d’autres personnes que moi-même.

Il est dur de juger des motivations et des pratiques des usagers sans un sondage avec des échantillonnages correctes. Cependant, dans le cadre de cet article, nous allons utiliser un sondage proposé via les réseaux sociaux sur les pages Wanted, groupe facebook de plus de 300.000 habitués à voir circuler des pétitions. Ce sondage a reçu une centaine de réponses. Si il n’est pas représentatif de la population (70% d’étudiants et 76% de femmes), on peut cependant noter certains résultats intéressants.

Tout d’abord, l’échantillon de répondant est un échantillon bien plus engagés que d’après les statistiques nationales avec 8% de membres de parti politique et 4% de personnes dans un syndicat (70% de réponses) :

Graph00

Sur l’ensemble des répondants, 74% affirment avoir déjà participés à des actions associatives, 71% affirment avoir déjà participé à une manifestation et 59% à un boycott. On voit cependant que la fréquence de participation à ces actions est rare, en effet, les répondants ont répondu une moyenne de 1.70 à la question « Diriez-vous que vous participez à ces types d’actions »:Graph04

Sur la question spécifique des pétitions, ils sont 71% à avoir déjà apporté leur soutien à une pétition écrite, mais considère ne pas répondre régulièrement à ce type de sollicitation (à 69%). Le score pour les pétitions en ligne est légèrement supérieur avec 82% des personnes ayant déjà soutenu une E-pétition. Selon 41% des répondants, ils n’y a pas de différence entre une pétition écrite et une pétition en ligne. La fréquence de réponse est elle supérieure:Graph05

Mais que ce soit à l’écrit ou en ligne, les répondants soutiennent majoritairement des causes envers lesquels ils se sentent particulièrement engagés (respectivement 65% et 73%). Parmi une sélection des sites d’E-pétition les plus fréquentés, les répondants connaissent à 97% le site Change.org, à 35% Avaaz.org, 26% petitionpublique.fr et  19% mesopinions.com.

Un élément intéressant dans les réponses est de constater que 42% d’entre eux ont déjà signé une pétition pour faire plaisir à un tiers, amis ou famille et non par conviction personnelle. Cette pratique s’explique notamment par la forte présence des pétitions sur les réseaux sociaux avec 60% de signatures via les réseaux sociaux et des pétitions en ligne considérés comme un peu trop présentes :

Graph06

Les répondants sont cependant un peu moins convaincu par l’impact des pétitions avec une moyenne de 2.27:

Graph07

Cependant, pour 59% des répondants, le soutien à une pétition reste pour autant un acte engagé. Pour ce qui est de la question de la fiabilité des signatures de pétitions, les répondants font plutôt confiance avec 59% de personnes convaincus de la fiabilité de l’E-pétition.

Enfin, il est intéressant de voir que si pour une majorité de répondants répondre à une pétition est un acte engagé, ils ne sont qu’un tiers à s’enquérir de l’évolution de celle-ci.Graph08

Comme signalé avant la citation de ces résultats, ceux-ci ne peuvent être utilisé pour établir une typologie des répondants. Cependant, certains résultats tendent à valider certaines hypothèses sur le manque d’engagement réel des pétitionnaires en lignes. Si ils ne sont pas pour autant insensibles aux causes qu’ils soutiennent, ils soutiennent plus fréquemment des causes en ligne que sur le terrain. On peut également supposer que le vecteur principal de transmission des pétitions en ligne sont les réseaux sociaux.

Au vu de la déconcertante facilité d’usages des sites d’E-pétition, du sentiment d’accomplissement d’une action, d’un engagement en les complétant, on peut se demander si ces E-pétitions ne sont pas une manière d’éviter une forme de culpabilité dû à l’inaction ou un moyen de ne plus avoir à se mobiliser physiquement ? D’autres parts, est-ce que la multiplication des causes, des sollicitations n’a-t-il pas des impacts négatifs sur l’engagement militant ? De même, les dons pour aider les plateformes d’E-pétitions à se développer ne sont-ils pas autant de dons qui n’atteindront pas l’une des causes promus par celles-ci ? Où ne s’agit-il pas tout simplement d’une autre voie de mobilisation qui s’ouvre et qui n’est en rien incompatible avec la mobilisation physique ?


Mais alors, ce « slacktivism » est-il utile ?

Comme dans tout débat, il y a les pour et les contre, nous allons tâcher dans cette partie de reprendre des arguments issus de différents points de vus. Nous commencerons par évoquer les critiques du slacktivism et les craintes liées aux plateformes de pétitions en ligne.

En mai 2009, le chercheur et écrivain américain Evgeny Morozov, réputé pour être relativement critique des nouvelles technologies et de leurs présupposés bien fait, publiait une tribune à propos du slacktivism  sur le site de NPR(16). Dans cet article, il questionne l’intérêt du slacktivism  et mets en garde contre ce qu’il considère comme un risque d’affaiblissement des formes d’activisme traditionnel. Il se demande en effet si cette nouvelle pratique, qui participerait au mieux à faire de la publicité, ne détournerait pas des individus des formes plus classiques d’activisme ? En effet, comme d’ailleurs certains résultat de l’enquête présenté plus haut le montre, l’acte du clique sur une pétition par exemple est vu comme un acte engagé. Et si les individus se contentait moralement de ce clique ? Cela n’entraînera-t-il pas une perte pour la cause ? Si il n’est pas catégorique, il explique qu’aucune étude n’a été faite pour valider l’efficacité de ces techniques et que de même nous ne savons pas si il existe un système de vase communicant entre la pratique de terrain et le slacktivism. Il fait d’ailleurs un parallèle avec le commerce équitable : A-t-il promu le combat pour une égalité de traitement dans le commerce international ? ou au contraire, cette alternative est devenu suffisante à la question ?

Dans la même veine, Malcolm Gladwell, journaliste de The New Yorker publiait, un an plus tard, où il montre les limites des organisations en réseaux comparés aux structures hiérarchiques classiques(17). Dans son article Gladwell décrit, notamment à travers les théories des réseaux(18), comment nous donnons trop d’importance aux nouvelles technologies d’informations et de communication. En prenant la perspective historique, il montre que les plus grands actes révolutionnaires et de grandes mobilisations ont eu lieu avant l’apparition des téléphones, SMS, Email ou tweet. Il considère que les individus ont oublié la vraie “valeur” du militantisme. Selon lui l’activisme est la défense d’idéaux à travers des actions, et que ces actions ont un coût (que ce soit en termes de temps, d’argent ou de réputation). Le fait que le coût avec le slacktivism soit très faible, créé un impact aussi significativement faible dans la réalité. En mettant en avant la lutte pour les droits civiques des noirs américains, Gladwell remet en avant la question de risque et de difficulté d’accomplissement au coeur de l’activisme.

En termes de réseau, il explique cela de part le fait que nos relations sur les réseaux sociaux sont des liens dit “faible” pour lesquels nous ne prendrons que très rarement des risques concrets et réels, contrairement à des liens “forts”. Hors les organisations plus traditionnelles se construisent souvent via des relations de réseau dites “fortes”(19). Aussi, il considère que les actions des slacktivistes avec leurs faibles implications fonctionnent plus comme une façon de réaliser de bonnes actions et soulager notre conscience sociale. Comme son titre l’indique, il considère que les réels mouvements de contestations et de luttent ne naissent pas des réseaux sociaux. Basés sur des liens faibles, les réseaux sociaux ne pourraient selon lui mobiliser physiquement que dans des cas extrêmement fort et avec une conviction commune forte car le sentiment de pouvoir agir sans risque par un simple clic pourrait être dominant. Cependant, Gladwell considère tout de même que les réseaux sociaux ont un réel potentiel de facilitateur pour l’organisation, la cohésion et la transmission de l’information dans le cadre de l’activisme.

Ces deux premières critiques ont traits à un certain scepticisme quant à l’efficacité concrète des pratiques de slacktivism mais surtout à la peur qu’il cannibalise l’activisme et le militantisme traditionnel. Mais les critiques concernent également les E-pétitions en elle-même ainsi que les plateformes qui les mettent en valeur. On peut noter trois principales critiques:

La critique de l’utilité même des pétitions. En effet, le désamour des français avec la politique les faits parfois douter de l’efficacité de certaines actions et de la prise en compte de leur opinion. Ainsi, la rédaction du traité de Lisbonne après le vote du non au référendum européen ou le passage de loi via le 49.3 n’ont pas facilité la confiance de l’opinion. Ainsi, la pétition sur Change.org pour l’abrogation de la loi El Khomri qui a recueilli près de 1 300 000 signatures, un record pour une pétition en ligne en France n’a pas abouti. Si on compare le nombre de pétitions lancées en comparaison avec les succès rencontrés, le taux de réussites reste plutôt faible et certaines victoires sont considérées alors que l’objectif n’a pas été totalement atteint. D’autres part, l’E-pétition est encore en retard en comparaison avec la pétition physique dans la mesure où elle ne rencontre pas la même acceptation des institutions. En effet, comme nous l’avons vu, en France, une pétition peut ouvrir la possibilité aux citoyens de saisir le Conseil économique, social et environnemental (CESE), mais celle- ci doit : « Être rédigée en français et établie par écrit », ainsi une pétition numérique n’a donc aucune chance d’être retenue par le CESE, même dans le cas où elle rassemblerai suffisamment de signature.

L’autre critique majeure concerne les plateformes d’E-pétitions. Ces critiques et ces craintes sont nombreuses. Elles sont de quatre ordres :

  • Le statut de ces plateformes et leur financement :

Le 14 octobre 2013, la journaliste Camille Poloni du Rue89 titrait son article : “Avec Change.org, la pétition est devenue un business”(20). Dans cette article, elle s’intéressait au mode de financement du site Change.org ainsi qu’à son statut d’entreprise dites social. En effet, le domaine en .org peut prêter à confusion et faire croire à un site à but non lucratif. Et bien non, dans le cas de Change.org, la création, la diffusion et la signature de pétition est gratuite, ce n’est pas l’utilisateur qui paye le service, même si il peut être incité à faire des dons où payer des services complémentaires (comme vu précédemment). Cependant, les ONG qui souhaitent être relayé par le site doivent payer un service spécifique et faire sponsoriser leurs campagnes. Cette pratique semble éloigné de la tag ligne encourageant à changer le monde, mais de grosses ONG semblent y trouver leur compte et utilise le service. L’autre élément plus problématique de ces plateformes concernent la vente de données, si celle-ci est normalement encadrée, toutes les plateformes ne sont pas forcément très transparentes sur leur gestions et leurs partenariats.

  • La gestion des données:

Outre la vente des données, c’est tout simplement la gestion de celle-ci et leur mise en accès qui pose question. En effet, la question de l’anonymat sur internet est au cœur des interrogations, entre luttes contre le terrorisme, états plus ou moins totalitaires, espionnage et violation de la vie privée,  il est aujourd’hui nécessaire de savoir ce qu’implique le fait d’associer son nom, à un combat ou au soutien d’une cause sur Internet. Il est donc nécessaire de savoir en toute transparence comment sont gérées les données du site sur lequel on remplit une pétition. Or si aujourd’hui la gestion des données est comme nous l’avons vu plutôt encadrée, les sites de pétitions en ligne ont la particularité qu’ils communiquent les informations relatives à notre identité(nom, prénom et code postal dans la plupart des cas) à l’instigateur de la pétition pour potentiellement permettre à celui-ci de prouver qu’il ne s’agit pas de “fausses” signatures.

(…)


Note :
(1) Vivien Dutheil,“Les Makers au coeur de la ville”, sous la direction de AGUITON Christophe, UPEM, 2016(retour
(2) https://www.franceculture.fr/politique/europe-la-carte-des-extremes-droites(retour)
(3) http://www.blogdumoderateur.com/barometre-numerique-france-2016-credoc/(retour)
(4)Les engagés : les nouvelles formes de militantisme, France Inter: https://www.franceinter.fr/emissions/service-public/service-public-07-janvier-2014(retour)
(5) LE COLLECTIF JEUDI NOIR, DE NOUVEAUX ACTIVISTES URBAINS ? ENTRE RUPTURE ET CONTINUITÉ DANS LES FORMES DE MILITANTISME Juliette Boutillon, Maryvonne Prévot http://www.cairn.info/revue-l-information-geographique-2012-1-page-42.htm(retour)
(6) https://fr.wikipedia.org/wiki/Repr%C3%A9sentativit%C3%A9_syndicale_en_France(retour)
(7) http://www.cevipof.com/fichier/p_publication/591/publication_pdf_pro_316_0060.pdf(retour)
(8) ibid(retour)
(9)Juliette Boutillon, Maryvonne Prévot, LE COLLECTIF JEUDI NOIR, DE NOUVEAUX ACTIVISTES URBAINS ? ENTRE RUPTURE ET CONTINUITÉ DANS LES FORMES DE MILITANTISME http://www.cairn.info/revue-l-information-geographique-2012-1-page-42.htm(retour)
(10) Olivier Blondeau, Laurence Allard, Devenir Média. L’activisme sur Internet, entre défection et expérimentation, Éditions Amsterdam, 2007, 381 p(retour)
(11) https://en.oxforddictionaries.com/definition/clicktivism(retour)
(12)http://www.academia.edu/1194929/Nature_et_origines_du_droit_de_pe_tition(retour)
(13) http://www.larousse.fr/dictionnaires/francais/p%C3%A9tition/59966(retour)
(14) Article 69 et Article 72-1 de la constitiition d’octobre 1958. http://www.conseil-constitutionnel.fr/conseil-constitutionnel/francais/la-constitution/la-constitution-du-4-octobre-1958/texte-integral-de-la-constitution-du-4-octobre-1958-en-vigueur.5074.html#titre12(retour)
(15) http://tempsreel.nouvelobs.com/rue89/rue89-nos-vies-connectees/20131014.RUE9396/avec-change-org-la-petition-est-devenue-un-business.html(retour)
(16)Tribune d’Evgeny Morozov, http://www.npr.org/templates/story/story.php?storyId=104302141(retour)
(17) Small Change : why the revolution will not be tweeted, Malcom Gladwell http://www.newyorker.com/magazine/2010/10/04/small-change-malcolm-gladwell(retour)
(18) http://capsurlindependance.quebec/sorganiser/techniques-de-cybermilitantisme/le-slacktivisme-selon-gladwell/(retour
(19) http://www.internetactu.net/2010/10/11/reseaux-contre-hierachies-liens-faibles-contre-liens-forts/(retour)
(20)http://tempsreel.nouvelobs.com/rue89/rue89-nos-vies-connectees/20131014.RUE9396/avec-change-org-la-petition-est-devenue-un-business.html(retour)

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