L’antiféminisme sur internet

 par Noémie Brion & Margot Roussat

Introduction

Grâce à Internet et aux réseaux sociaux, les échanges sont favorisés et la diffusion d’une idéologie s’en trouve facilitée : ces dernières années, le féminisme a été fortement atteint par ce phénomène et a pu toucher une proportion toujours plus large de la population. En effet, le féminisme, avant d’être diffusé sur Internet, pouvait être mal connu voire repoussant pour qui ne s’intéressait pas spécifiquement au sujet, notamment du fait que la définition du féminisme semblait être figée et trop restrictive. Depuis quelques années et l’apparition d’Internet, le féminisme connaît une nouvelle visibilité grâce à des sites tels que Georgette Sand ou encore Madmoizelle.com, qui diffusent des articles et pamphlets inscrits dans l’idéologie féministe, mais qui surtout communiquent sur les réseaux sociaux et ainsi participent à la démocratisation et à la diffusion du féminisme. Aujourd’hui, l’image du féminisme semble avoir radicalement changé, et après avoir été perçu comme fermé, complexe voire radical, cette idéologie se diffuse notamment grâce à l’instauration d’un dialogue entre féministes initiés et individus non renseignés qui n’y auraient pas été confrontés autrement.

La démocratisation du féminisme grâce à Internet s’accompagne cependant de l’omniprésence d’un certain antiféminisme sur le Web. En effet, si depuis son apparition le féminisme a toujours fait face à des mouvements de contestation qui remettent en cause sa légitimité et ses arguments, l’antiféminisme bénéficie aujourd’hui du même accroissement de sa visibilité que le féminisme, et ce également grâce à Internet et aux réseaux sociaux. Nous entendons par « antiféminisme » les mouvements d’opposition aux idéologies féministes : il ne s’agit pas nécessairement d’un refus de l’évolution du droit des femmes, mais plutôt d’une réaction directe aux actions des féministes, tant sur le fond que sur la forme. Aujourd’hui, l’antiféminisme repose essentiellement sur l’idée que l’égalité homme-femme est déjà acquise et que l’ensemble des revendications des féministes est ainsi obsolète.

Comment se manifeste l’opposition au féminisme sur internet ? Comment et sous quelle forme l’antiféminisme s’est-il érigé en une véritable culture sur Internet, en parallèle des mouvements féministes ?

Nous traiterons dans un premier temps des mouvements antiféministes établis sur Internet, c’est-à-dire des rassemblements idéologiques organisés, regroupant des personnes ouvertement et consciemment opposées au féminisme. Dans un second temps, nous nous pencherons sur un antiféminisme plus diffus et assimilé qui semble toucher un public plus jeune : cette forme d’antiféminisme se diffuse par des plateformes de divertissement où sont constituées des communautés relativement soudées et sources d’influence pour leurs membres. Enfin, nous étudierons les conséquences possibles de l’assimilation de l’antiféminisme et de sa diffusion sur Internet, qui peut mener à des cas de harcèlement de féministes. Pour cette dernière partie, nous nous pencherons spécifiquement sur le cas de la féministe Flo Marandet, victime de harcèlement par une partie de la communauté du forum Blabla 18-25 du site jeuxvideo.com, et avec qui nous avons réalisé un entretien.

Partie 1 : Les différents mouvements anti féministes

 

I- Présentation des principaux mouvements

 

A) Le Masculinisme, le mouvement dédié aux hommes

Ce mouvement, encore récent en France, consiste à défendre les droits des hommes contre une société qui leur en volerait au profit des femmes. En effet pour eux l’égalité femmes / hommes est déjà atteinte. Le mouvement féministe leur volerait donc leur pouvoir et c’est pourquoi ils souhaiteraient le récupérer. Leur discours porte essentiellement sur deux choses : les hommes aussi peuvent être oppressés et les femmes ont trop pris de pouvoir et le féminin a contaminé la société.

Le Masculinisme étant jeune, peu de définitions sont disponibles mais certains dictionnaires dont le Grand Dictionnaire Lexicologue québécois définit le Masculinisme comme étant “un mouvement de défense des droits des hommes et de leurs rôles sociopolitiques et un mouvement de protestation qui vise à affranchir les hommes de leurs rôles sociaux traditionnels”.

Ce mouvement est surtout implanté en Grande-Bretagne et au Canada, notamment au travers de l’organisation Fathers 4 justice, qui milite pour le droit des pères. En France, le Masculinisme se retrouve derrière les HomMen, groupuscule de militants opposés au Mariage pour Tous qui parodie les Femen en menant des actions torse-nu mais masqué. Mais aussi derrière le blog Homen, créé par Gilles de la Clause. Celui-ci prône “un retour aux sources de la bonne et franche camaraderie, de la filiation et de la paternité”.

Une des grandes figures de la théorie masculiniste en France est Patrick Guillot. Il a écrit trois livres sur le sexisme inversé et il est fondateur du « Groupe d’Études sur les Sexismes » qui est une association visant à donner crédibilité au mouvement. Il est également l’inventeur du mouvement “hoministe”, qu’il préfère au mot “masculiniste”. En effet les masculinistes ne se définissent pas comme tels, notamment parce que ce terme a été introduit par Michèle Le Dœuff, docteure en philosophie et universitaire reconnue en France et à l’étranger, afin de définir un “nouveau” type de regroupements d’hommes. En 1989, elle définissait le “masculinisme” comme un “particularisme qui non seulement n’envisage que l’histoire ou la vie sociale des hommes, mais encore double cette limitation d’une affirmation (il n’y a qu’eux qui comptent et leur point de vue).”

D’après son site (la-cause-des-hommes.com), Patrick Guillot la présente comme une “idéologue misandre”. Ce terme est souvent repris par les hoministes, autrement dit les masculinistes, pour qualifier les féministes de misandre, c’est à dire des femmes qui détestent les hommes.

De nombreuses intentions motivent les masculinistes. En premier lieu, on peut citer leur volonté de discréditer le mouvement féministe, que ce soit ses représentantes ou leurs discours, face aux acteurs sociaux comme l’Etat, les médias ou l’opinion publique. Ainsi, les masculinistes espèrent démontrer la trop forte influence des féministes mais c’est également pour eux un moyen de se faire connaître et de faire parler d’eux et de leurs idées. Les masculinistes semblent également motivés par l’intention d’intimider et de déstabiliser les féministes : d’une part en éveillant chez elles une forme de culpabilité quant aux souffrances des hommes et d’autre part en provoquant chez elle la peur afin de les faire taire ou pour les censurer et donc reculer. Enfin, le masculinisme serait une façon pour les hommes de réaffirmer leur domination masculine qui serait menacée et de protéger le patriarcat.

B) Une communauté de la “manosphère” : The Red Pill

La communauté Reddit The Red Pill est fondée sur la conviction générale que les femmes ont plus de droits que les hommes. Ce forum, composé en majorité d’hommes, soutient le fait que ce sont les hommes, et non les femmes, qui ont été socialement privés de leurs droits. Le féminisme est donc considéré comme une idéologie néfaste et les “Red Pillers” citent régulièrement des exemples qui renforcent leurs idées, jusqu’à affirmer que la société est purement “anti-mâle”. La communauté s’accroît rapidement, créée en 2013 elle compte maintenant près de 189 000 membres.

La base de Red Pill est composé de personnes croyant vivre dans une société de mensonge et de conformisme. Cela fait référence principalement aux années 80 et 90, à cette époque, selon la communauté, il y avait une vraie distinction entre les femmes et les hommes et leurs places respectives dans la société. Les initiateurs de Red Pill estiment que les personnes qui sont nés après cette période ont été conditionnés d’une certaine façon pour appréhender leurs relations avec les femmes : les femmes ont maintenant le droit d’être libre, de travailler comme elles veulent, en bref, de faire leur propre choix. Pour le mouvement Red Pill cette vision serait fausse et c’est pourquoi il faudrait prendre la pilule rouge (Red Pill), en référence au film Matrix dans lequel le personnage de Néo doit choisir entre une pilule bleue, pour rester connecté dans un monde où tout est bien, ou la pilule rouge pour se déconnecter du monde simulé. Selon eux, les femmes ont tort lorsqu’elles affirment vouloir le respect et l’égalité, ce qu’elles désirent vraiment serait le retour au rôles traditionnels de l’homme et de la femme. En bref, les femmes seraient sous l’emprise d’une propagande féministe.

Une autre communauté Reddit proche de Red Pill a par la suite été créée : The Red Pill Women. Comme son nom l’indique, ce forum reprend les codes et les idées du Red Pill original mais il est consacré cette fois aux femmes qui croient qu’elles sont biologiquement programmées uniquement pour procréer, et pensent qu’être célibataire après 30 ans serait une tragédie… Les principaux topics du forum portent essentiellement sur les moyens de satisfaire son conjoint en faisant abstraction de ses propres désirs et de sa liberté.

C) Femmes contre le Féminisme

À l’origine, ce mouvement vient des Etats-Unis et se nomme Women Against Feminism. Il est né suite à la création du hashtag #Idontneedfeminism (je n’ai pas besoin du féminisme) sur Twitter. Une page Facebook a ensuite été créée le 3 janvier 2014 ainsi qu’un blog Tumblr. Le concept est simple : des femmes se prennent en photo avec une pancarte commençant par “Je n’ai pas besoin du féminisme” et exposent les raisons pour lesquelles elles pensent que le féminisme ne leur sert à rien. Elles postent ensuite leur photo sur le Tumblr ou sur la page Facebook Women Against Feminism. Aujourd’hui, plus de 43 000 personnes suivent cette page Facebook. Selon les statistiques du réseau social, ce sont essentiellement des femmes âgées entre 18 et 24 ans. Ces femmes sont majoritairement jeunes, blanches, hétérosexuelles, éduquées, de classe moyenne, et vivant dans des pays développés. L’identité des femmes qui postent leur photo est connue, en revanche il n’y a aucune information concernant l’identité du ou des créateurs de cette page. Il est donc impossible de savoir qui se cache derrière cette initiative qui pourrait être individuelle ou portée par une association.

Les principaux arguments antiféministes de ces femmes ont été listés par la version anglaise du magazine Marie Claire :

  • L’égalité des droits existe déjà.

  • Le féminisme s’apparente à de la censure.

  • Le féminisme promeut l’idée que les femmes sont de petites choses fragiles.

  • Le féminisme fait de la discrimination anti-hommes.

  • L’idée que le patriarcat existe est un fantasme.

  • C’est votre choix d’avoir un salaire égal à celui d’un homme ou non.

  • Les féministes exagèrent les statistiques sur le viol.

  • Le féminisme sert à contrôler les autres femmes.

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← “Je n’ai pas besoin du féminisme pour obtenir une augmentation non méritée, gagnée en travaillant moins qu’un homme. Je veux l’égalité et pas un privilège. P.S. Faire à manger à mon petit copain quand il rentre fatigué du travail ne me dévalorisera pas.”

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Je n’ai pas besoin de féminisme parce que l’égalitarisme c’est mieux” →

Dans la plupart des cas, les femmes expliquent qu’elles veulent l’égalité par rapport aux hommes et non la supériorité. C’est pourquoi pour de nombreuses féministes, ces femmes ne sont pas vraiment antiféministes car elles prônent, pour l’essentiel, l’égalité entre les sexes et dénoncent toutes formes d’inégalités entre eux.

II- Présence sur le web et actions

Le web avec les réseaux sociaux, les blogs ou les forums permet une plus grande résonance aux idées antiféministes en leur donnant un espace publique sur lequel les adeptes de ce mouvement peuvent se regrouper, échanger mais aussi s’organiser dans le but de s’attaquer au féminisme.

En effet ces mouvements antiféministes ont créé des pages Facebook et des comptes Twitter dans lesquels ils peuvent exposer leur vision du féminisme et le critiquer. Si on reprend le mouvement des Masculinistes, une page Facebook ainsi qu’un compte Twitter (en anglais Meninist) lui est dédié. Une boutique en ligne a également vu le jour, où l’on peut y commander des t-shirt ou des accessoires portant le logo de leur mouvement ou juste “Meninist”. On retrouve sur ces pages essentiellement des photos critiquant les femmes ou le féminisme mais il y a très peu de textes. Les images sont ensuite partagées ou retweeter par d’autres internautes. Cela participe à une certaine omniprésence de l’antiféminisme sur internet.

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Exemple de post sur la page Facebook Meninism

Sur les réseaux sociaux, et notamment Twitter, on a pu voir de nombreux hashtags émerger dans le but de discréditer le féminisme comme par exemple : #HowToSpotAFeminist (comment repérer une féministe), #IdontNeedFeminism (je n’ai pas besoin du féminisme, qui a permis le développement du mouvement des Femmes contre le Féminisme), #OnTaVioleCommeMimieBe (suite au récit d’une internaute féministe, MimieBe, sur l’histoire du viol dont elle a été victime). Ces hashtags sont souvent suivis de blagues sexistes voir d’insultes et deviennent rapidement viraux touchant encore une fois un grand nombre de personnes.

Enfin, on retrouve de plus en plus de sujets portant sur le féminisme et l’antiféminisme sur les forums comme jeuxvideo.com ou Reddit, et c’est là que le mouvement des antiféministes sur internet est le plus problématique. En effet, certaines personnes se servent de ces espaces de partages afin de s’organiser pour monter des “raids” contre une personne en particulier. Ces raids consistent à attaquer en harcelant la personne visée en masse. C’est ce que nous verrons dans notre troisième grande partie avec le cas du harcèlement de Flo Marandet. Les utilisateurs semblent comme à l’affût de n’importe quelle prise de position de féministes pour les attaquer. Il y a également beaucoup de sujet critiquant le féminisme de façon très vulgaire et insultante.

Partie 2 : La culture de la haine du féminisme sur Internet

Au-delà des mouvements anti-féministes, qui se sentent menacés et/ou oubliés par le féminisme, il existe une tendance d’une partie des internautes, principalement les jeunes de moins de 25 ans, à un antiféminisme banalisé et assimilé. Il est possible de rencontrer, sur Internet, des arguments anti-féministes très récurrents, des schémas de pensée similaires développés et diffusés sur des plateformes très fréquentées par les jeunes internautes.

I- Des « influenceurs » et communautés diffuseurs de la culture antiféministe.

A) Les forums du site jeuxvideo.com

A l’origine, le site jeuxvideo.com, créé en 1997, est un site dédié à l’actualité et aux techniques des jeux vidéo. Il est accompagné d’un forum divisé en plusieurs sections : si la majorité des sections est en lien avec les jeux vidéo, il existe des forums dédiés à d’autres passions, tels que les différents arts, le sport ou encore l’automobile, ainsi que des forums plus généraux, appelés « Blabla », qui permettent aux inscrits d’aborder tous les sujets n’ayant pas déjà une catégorie dédiée. Ces forums se divisent en catégorie d’âge : il existe donc les Blabla Moins de 15 ans, 15-18 ans, 18-25 ans, 25-35 ans et plus de 35 ans. C’est aujourd’hui le forum Blabla 18-25 ans qui est le plus actif, avec, en octobre 2016, 40 millions de pages vues et 2 millions de pages postées(1), selon la société Webedia.

Ce forum réunit une communauté qui a développé une réelle identité basée des blagues récurrentes, éléments de langages (les membres s’appellent entre eux des kheys, soit « frères » en arabe) et autres mèmes propres au forum de jeuxvideo.com. Dans cette logique, de nombreux thèmes sont très récurrents, et parmi eux le sujet du féminisme. En effet, lorsque l’on recherche le mot « féminisme » dans les sujets du forum Blabla 18-25, les résultats sont très nombreux, et surtout très récents : ce sujet est traité de façon permanente par les membres du forum. (Voir Annexe 1) Le féminisme y est alors majoritairement vu d’une manière très péjorative, mais c’est surtout aux féministes que s’attaquent certains des membres, en témoignent certains sujets du forum tels que « Cette féministe enragée dans le chat », « [RUSSIE] VOILA comment il faut gérer les FEMINISTES » ou encore « L’hypocrisie féministe ».

La communauté du forum Blabla 18-25 étant très importante, il existe nécessairement certains membres se déclarant féministes ou ouverts aux avis féministes, comme en témoignent des sujets tels que « Pourquoi le 18-25 dénigre les femmes et le féminisme »(2). Cependant, ces avis semble être minoritaires sur le forum, ou du moins beaucoup moins visibles, et l’importance de cette communauté participe à la diffusion de l’antiféminisme chez un nombre important d’internautes fréquentant ce forum et qui, pour certains, forgent leur culture du féminisme sur le forum Blabla 18-25. L’esprit de communauté joue un rôle important dans le combat qu’ils semblent mener contre les féministes, puisque certains des membres se concertent parfois sur le forum pour organiser ce qu’ils appellent des raids contre certain-e-s féministes, c’est-à-dire des campagnes de harcèlement destinées à montrer leur désaccord avec la cause défendue.

B) Le Raptor Dissident, vidéaste polémiste

Lui-même membre actif de longue date du forum Blabla 18-25 de jeuxvideo.com, le vidéaste Raptor Dissident réalise des vidéos à but humoristique dans lesquelles il analyse des sujets de société ou des vidéos Youtube en utilisant un style qu’il qualifie lui-même d’« Agressif, [il] cherche à éviter le blabla inutile et à aller droit au but. »(3). En effet, ses vidéos se différencient par leur montage saccadé et volontairement peu travaillé, et surtout par le ton des commentaires du vidéaste, ponctués d’insultes, sur le modèle de la description de sa chaîne Youtube :

« Un raptor dissident tellement haut sur l’échelle de la haine que même en mettant des patates à des orphelins et en balayant des handicapés tu pourras à peine le rejoindre sur le podium des plus gros fils de pute que cette terre ait portée. Si tu as toujours voulu cracher en toute sérénité sur les gens mais que tes petites couilles d’enfant pd t’en ont toujours empêché, alors rejoins la dissidence jurassique et laisse moi régler tout ça. »(4)

La ligne directrice du Raptor Dissident est donc basée sur l’insulte et la critique de personnes et phénomènes sociaux variés, en utilisant, selon lui et sa communauté, l’humour et le second degré. Par ailleurs, son statut de « dissident » procure au vidéaste l’image d’un opposant au discours dominant et à la « pensée unique » : c’est notamment cette image qui lui permet de fédérer une communauté importante et très active sur les réseaux sociaux et Youtube.

Cependant, bien qu’il prétende attaquer toutes les catégories de personnes, certaines sont prises pour cibles de manière récurrente dans les vidéos, et notamment les féministes. Si le sujet des féministes est abordé de manière transversale dans un grand nombre de ses vidéos, la vidéo « Marion Seclin, Féminisme en déclin »(5) s’attaque spécifiquement au sujet à travers l’analyse de la vidéo « #TasEtéHarceléeMais… t’as vu comment t’étais habillée ? »(6). Dans cette vidéo, le Raptor Dissident analyse et déconstruit le discours féministe de Marion Seclin mais aussi celui des féministes de manière générale. La communauté du Raptor dissident étant à la fois très importante (sa chaîne comptabilise près de 400 000 abonnés au 10 février 2017) et très active, la vidéo « Marion Seclin, Féminisme en déclin » a engendré par la suite des réactions très vives de la part de certains des abonnés du vidéaste qui ont notamment commenté massivement les vidéos de Marion Seclin abordées par le Raptor Dissident, mais aussi le reste de son travail visible sur Internet. Les commentaires, allant de la simple allusion à la vidéo du Raptor Dissident à la menace de mort (voir Annexe 2), témoignent d’un mouvement massif d’antiféminisme initié par le vidéaste. La suppression de la vidéo par Youtube le 16 octobre 2016, pour le motif « Harcèlement », a également participé à ce mouvement, le Raptor Dissident et sa communauté accusant les féministes de pratiquer la censure.

C) 9gag.com, l’antiféminisme comme un divertissement

9gag est un site anglophone de divertissement, fondé en 2008, dont le principe est de présenter des images à caractère principalement humoristique, sans autre commentaire que le titre donné à chaque image. Avec le succès du site et la constitution d’une certaine communauté, des figures et discours récurrents sont apparus parmi les publications : le site est ponctué de mèmes, c’est-à-dire des images reprises et détournées massivement, et sa grande popularité lui permet de diffuser cette culture à un large public. De plus, tout le monde peut publier une image sur le site, qui est ensuite votée par les visiteurs pour être mise en avant : ainsi, c’est la communauté qui alimente le site, qui se crée une culture, voire une opinion commune. Les utilisateurs s’influencent donc entre eux et constituent un ensemble de centres d’intérêts, des avis que l’on peut penser partagés par la plupart des membres de la communauté.

Parmi les mèmes récurrents du site se trouve le sujet du féminisme, que la communauté ne semble pas approuver : la majorité des images traitant du féminisme le tournent en dérision et insistent sur son aspect supposément futile et ridicule. Ainsi, la photo d’une femme portant des dreadlocks est régulièrement utilisée pour apposer dessus un message moqueur, cherchant à pointer l’absurdité de certains arguments. (Voir annexe 3)

9gag et sa communauté entretiennent donc un message antiféministe largement diffusé du fait de la grande popularité du site.

II- Le combat contre une image précise du féminisme

A) La figure de la « féminazie »

L’un des éléments de langage que l’on retrouve très régulièrement parmi les arguments antiféministes de certains jeunes internautes est l’insulte « feminazi(e) ». Ce mot-valise composé de « féministe » et « nazi » inventé en 1992 par Rush Limbaugh, animateur radio conservateur américain, désignant les femmes ayant recours excessivement, selon lui, à l’avortement. Ce terme est aujourd’hui réhabilité, notamment sur Internet et dans les communautés citées précédemment, pour désigner les féministes considérées comme « extrémistes », voire dans certains cas l’ensemble des féministes. Ce terme présente l’idéologie féministe comme dangereuse et imposée, et en font un mouvement fasciste.

L’image de la « féminazie » correspond à celle d’une féministe excessive mais aussi agressive, cultivant l’image très ancienne des féministes « castratrices ». Aujourd’hui, et sur les communautés telles que les membres du forum Blabla 18-25 de jeuxvideo.com ou de 9gag, le terme « féminazie » est très régulièrement employé (voir Annexe 4), montrant une assimilation importante de cette image du féminisme.

Si certains internautes utilisent ce terme pour parler de l’ensemble des féministes, la majorité l’utilise pour distinguer les féministes « extrémistes » des « vraies » féministes, qu’ils estiment modérées et légitimes.

B) La « bonne » et la « mauvaise » féministe : une dualité omniprésente

L’un des discours récurrents lié à l’antiféminisme sur Internet est celui selon lequel il existe une distinction entre les féministes « extrémistes » et les « vraies » féministes. En effet, certains des détracteurs du féminisme semblent avoir une idée précise de la définition du mouvement, et l’argument de l’extrémisme supposé des féministes est très régulièrement employé. Dans la vidéo « Marion Seclin, féminisme en déclin » du Raptor Dissident, le vidéaste affirme : « Le féminisme avant, c’était la lutte pour des avancées sociales majeures pour la femme […] mais aujourd’hui […] on est tombé dans la revendication stupide de tout et de rien, […] et on délire avec des pseudo-combats stupides et manipulés qui relèvent souvent plus du caprice puérile d’enfants gâtés que de la réalité ». Cet argument est généralement repris dans les discours antiféministes sur Internet qui témoignent d’un sentiment de vanité du mouvement féministe. Sur 9gag, la figure d’Emma Watson, comédienne féministe ambassadrice de l’ONU Femmes, est admirée par la communauté, alors même que les féministes en général sont très critiquées (voir Annexe 5). Cette comparaison témoigne de l’existence d’une image figée du féminisme : il existerait d’une part les féministes « extrémistes », telles que les femens, et d’autre part les féministes modérées, passant pour moins agressives et moins revendicatives. Cette dualité est présente dans la plupart des évocations du féminisme sur Internet.

III- Un féminisme vécu comme l’attaque des pratiques des internautes.

A) Un mouvement qui s’inscrit dans un combat contre les Social Justice Warrior et la « bien-pensance »

Social Justice Warrior, souvent abrégé SJW, est un terme péjoratif utilisé pour désigner les militants progressistes sur Internet, notamment pour les sujets du féminisme, de l’antiracisme ou encore des droits civiques. Les Social Justice Warriors sont la cible des communautés du forum Blabla 18-25 (voir Annexe 6) et du Raptor Dissident notamment, qui a réalisé une vidéo sur le sujet. Les critiques adressées à cette catégorie évoquent à la fois l’agressivité des SJW, ainsi que leur hypocrisie, comme le souligne l’urban dictionnary : « Un Social Justice Warrior, ou SJW, n’est pas nécessairement profondément convaincu de tout ce qu’il dit, ou même se soucie des groupe au nom desquels il se bat ». (« A social justice warrior, or SJW, does not necessarily strongly believe all that they say, or even care about the groups they are fighting on behalf of »). Cette haine des SJW sur Internet semble être liée à la fois au sentiment d’être attaqué et culpabilisé par des moralisateurs, et à l’idée de l’existence d’une « pensée unique » qui entre en contradiction avec le libre-arbitre et la liberté attendus d’Internet. C’est notamment face à cette « pensée unique » que le Raptor se pose en « dissident », et est donc un des représentants du combat contre les SJW, dont l’antiféminisme fait partie. 

B) Le harcèlement de rue, fer de lance des antiféministes

L’un des principaux combats des antiféministes francophones sur Internet, et notamment des communautés de jeuxvideo.com et du Raptor Dissident, est la question du harcèlement de rue. En effet, ce sujet est très régulièrement abordé dans les discours féministes sur Internet et donne lieu à de nombreux débats, notamment du fait de la frontière floue entre drague, simple prise de contact et harcèlement de rue. Les féministes sont alors accusées de refuser aux hommes toute tentative d’approche, et leurs arguments apparaissent comme une attaque contre les hommes et surtout contre leurs droits. Le sujet du harcèlement devient donc le principal argument antiféministe sur l’Internet francophone, notamment car les pratiques des Internautes sont accusées d’être des agressions, et ceux-ci se sentent donc directement attaqués par le féminisme. Ils tentent donc de décrédibiliser le sujet du harcèlement de rue, en hiérarchisant les combats et les agressions ou en mettant l’accent sur le fait que les hommes connaissent également des agressions. Le dessinateur Alexis du blog « J’aime ça » a notamment réalisé une bande dessinée sur le sujet, présentant la majorité des arguments antiféministes à propos du harcèlement de rue : « Ainsi, de nombreux projets visant à lutter contre le sexisme fleurissent sur la toile. Si certains blogs comme « les voix du silence » me paraissent très bien, ne serait-ce pour que certaines femmes se sentent moins seules dans leur souffrance, d’autres en revanche me paraissent malhonnêtes, voire carrément contre-productives »(7).

Il existe donc une certaine culture antiféministe sur Internet, définie par des éléments de langage et des arguments récurrents, qui évolue dans certaines communautés. Mais si la majorité de cet antiféminisme se manifeste essentiellement dans les discussions entre les membres de ces communautés et dans les échanges d’arguments avec des féministes, ce refus du féminisme peut se manifester par une attaque personnelle de certains représentants du féminisme.

Partie 3 : Du refus de l’idéologie à l’attaque personnelle : le harcèlement antiféministe, étude de cas

Au-delà de la simple contestation du message féministe, le phénomène de l’antiféminisme sur Internet peut se manifester par une véritable croisade contre le féminisme et ses représentants, allant parfois jusqu’au harcèlement. Si de nombreux cas sont recensés, nous étudierons ici le cas de Flo Marandet, militante féministe harcelée par la communauté du forum Blabla 18-25 du site jeuxvideo.com à partir de l’été 2016.

I- La mise en place du cyberharcèlement

A) Les féministes identifiées et attaquées pour ce qu’elles représentent

En complément du discours antiféministe affiché sur Internet, des opérations de harcèlement des féministes sont parfois organisées par certaines communautés : c’est notamment le cas d’une partie de la communauté du forum Blabla 18-25 de jeuxvideo.com, qui a récemment introduit dans sa culture les « raids », c’est-à-dire des attaques organisées envers une personne ou un groupe, consistant à envoyer massivement et simultanément des messages principalement insultants. Les féministes sont régulièrement visés par cette coutume, ce qui est notamment le cas de Flo Marandet : cette militante féministe s’est vue prise pour cible par la communauté du forum du fait de son engagement. Pour elle comme pour la majorité des victimes de harcèlement antiféministe, le phénomène a commencé par son identification sur le forum : les raids commencent régulièrement par un message de l’un des membres, qui donne le nom et l’activité d’une personne qu’il considère comme méritant d’être harcelée. D’après Flo Marandet : « J’ai découvert en octobre-novembre que ça venait du site jeuxvideo.com, du forum Blabla 18-25, parce que quelqu’un avait publié un de mes textes et avait donné le lien de ma page et de mon profil pour que les gens viennent me harceler. » Dans ce cas comme dans la majorité des cas des raids antiféministes, l’appel au harcèlement est fait dans la continuité de la « tradition » antiféministe de la communauté, la personne à l’origine de l’identification n’ayant pas besoin d’expliquer aux membres en quoi la personne qu’il nomme est attaquable, la seule mention de son féminisme justifiant la mise en place d’un raid. De manière générale, sur le forum Blabla 18-25, le raid est organisé par les membres via des sujets dédiés ou par message privés : il s’agit d’une opération organisée, le fruit d’une concertation des acteurs du harcèlement.

B) La nécessité de punir les féministes

A l’origine des opérations de harcèlement se trouve une volonté de se moquer des féministes considérées comme extrêmes, mais aussi de les punir. En effet, les organisateurs des raids appellent en premier lieu les membres de leur communauté à « troller » la personne qu’ils ont désignée, c’est-à-dire d’envoyer des messages allant à l’encontre de son idéologie, afin de lui montrer qu’ils considèrent leur raisonnement et leurs arguments comme absurdes. Sur l’article dédié au cas de Flo Marandet sur le Wiki de jeuxvideo.com, les auteurs, membres de la communauté du forum, explicitent la transition entre la simple moquerie et la volonté de punir la féministe : « Un forumeur, OhPleaseDontBan décida de partager sa page avec les membres du 18-25 et de la « troller » (Screenshot). A la suite de ses réponses violentes, le forum « partit en croisade », durant laquelle la jeune femme reçoit insultes et menaces de la part de forumeurs immatures et mécontents. »(8). Il s’agit donc d’un appel aux insultes, les membres du raid veulent provoquer les féministes qu’ils attaquent, et non les raisonner ou simplement leur présenter leur point de vue.

C) Entre compétition et dédramatisation : le cyberharcèlement vu comme un jeu

Au-delà de la simple attaque de l’idéologie féministe, le harcèlement mené à l’encontre des féministes, et plus spécifiquement de Flo Marandet, est perçu par ses acteurs comme un moyen de se divertir et de souder la communauté, comme l’affirment les auteurs de l’article sur le wiki de jeuxvideo.com, qui disent utiliser les raids comme moyen de réconcilier la communauté divisée par la présence d’avis politiques opposés : « Ces deux extrêmes poussent le forum à se réconcilier au centre, d’où des choix de raids envers les féministes ». Le harcèlement est donc présenté comme un moyen de divertissement, les auteurs s’amusant des réactions suscitées par les « trolls ». Dans le cas de Flo Marandet, le raid s’est transformé en compétition du fait de l’habitude de la féministe d’afficher sur son profil les messages sexistes qu’elle recevait en messages privés : « que j’affiche les MPs de harcèlement sexuel que je reçois […] . Et donc quand ils se sont rendus compte de ça, ils ont fait une espèce de concours, ils se sont mis à m’envoyer plein de messages de harcèlement sexuel pour pouvoir passer sur mon mur, c’était la gloire de passer sur mon mur, affichés. ». Le harcèlement a donc, pour ses auteurs, un côté ludique, qui se manifeste également par l’affichage sur le forum des réactions de Flo Marandet, dans le but de se moquer. La féministe a notamment affiché sa crainte face à un message de menace utilisé de manière humoristique sur le forum : ce message, appelé « pavé MMA », est un gag récurrent sur le forum mais apparaît comme un message de menace classique pour les non-initiés. Flo Marandet le prenant au sérieux, elle a donc accentué la moquerie dont elle était victime.

L’aspect ludique des raids antiféministes est étroitement lié au sentiment d’impunité des membres du forum 18-25 : l’anonymat permis par le forum, les nombreuses polémiques n’ayant pas abouti à des sanctions et l’idée selon laquelle le forum Blabla 18-25 est trop puissant pour être fermé sont autant de raisons pour lesquelles les acteurs des raids peuvent agir sans être inquiétés. Au contraire, après avoir porté plainte, Flo Marandet a observé une intensification des attaques : « Donc là j’ai commencé à me dire que j’allais porter plainte, ce que j’ai fait […]. Ils ont essayé de m’écraser, de me faire taire, de me silencier complètement, de m’intimider pour que je retire ma plainte. »

II- Un phénomène difficilement gérable

A) Débordements et sortie du cadre d’Internet

Les communautés ayant recours à des raids antiféministes étant généralement très importantes, les actes de leurs membres dépassent fréquemment le cadre initialement fixé, c’est-à-dire l’esprit supposément bon enfant et humoristique des opérations. La taille de ces groupes en fait des éléments difficilement gérables et les raids peuvent alors sortir du seul cadre d’Internet, comme dans le cas de Flo Marandet. On peut distinguer deux types de comportements pouvant entraîner d’importantes conséquences : les menaces et l’intervention des membres du raid dans la vie privée de la personne ciblée. Le premier cas de figure, les menaces, jouent sur la volonté d’effrayer la personne visée : « le 18 décembre ont commencé les menaces de mort, les menaces de viol, les menaces de mort sur mon conjoint, ils ont commencé à me traquer pour me géolocaliser, ils ont publié les adresses des gens qui portaient le même nom que moi dans ma région pour inciter les gens à les appeler et à avoir des informations sur moi ». Dans le cas de Flo Marandet, les menaces ont eu des conséquences psychologiques qui ont entraîné huit jours d’ITT. Le deuxième type de débordement relatif aux raids est l’introduction dans la vie privée de la personne ciblée, dont les conséquences peuvent être très importantes notamment, comme pour Flo Marandet, dans le milieu professionnel : « ils ont écrit à mon collège, ils ont écrit à mon recteur, ils ont écrit au rectorat, ils ont écrit aux associations de parents d’élèves en coupant un de mes textes pour essayer de me faire passer pour antisémite. Ils ont été sur google, noter mon établissement en disant que je sous-notais les garçons, que je refusais de recevoir les papas aux réunions parents-profs etc… ». Au-delà du simple amusement, les raids antiféministes peuvent donc se transformer en acharnement sur un individu et non plus seulement en une critique de ses opinions. Les raids, initialement mis en place principalement pour se moquer des opinions féministes, peuvent alors avoir des conséquences importantes sur la vie de la personne visée: Le cas de Flo Marandet témoigne d’une violence possible de l’antiféminisme, notamment lorsqu’il s’extrait du seul cadre d’Internet.

B) La gestion bancale par les communautés concernées

Du fait de la taille des communautés pratiquant les raids, du sentiment d’impunité et du culte du libre arbitre sur Internet, l’encadrement des acteurs du harcèlement antiféministe par les responsables des communautés est très faible. La quasi-absence d’encadrement est en partie due à ces raisons, mais principalement au fait que les encadrants des communautés semblent ne pas réellement vouloir freiner les raids antiféministes. Pour Flo Marandet, le forum jeuxvideo.com a clairement une responsabilité dans les nombreux cas de cyberharcèlement du fait de la très faible modération des propos tenus. En effet, selon elle, les modérateurs du forum seraient pour la plupart complices de ce harcèlement : « Donc moi j’ai écrit des dizaines de fois à la modération du site JVC, et la modération était pour la plupart complice […]. Il y a bien des trucs qui ont dû être supprimés par la modération ils sont quand même un peu obligés, même si ils ont fait le minimum, parce qu’il y a mais des milliers et des milliers de pages d’insultes sur moi». Les modérateurs agissent principalement par devoir, pour respecter la charte de leur site mais, étant avant tout des membres du forum, ils semblent adhérer à la culture des raids et continuent de les encourager, ou du moins de les autoriser, en cherchant à contourner les règles qu’ils doivent faire respecter : « il y a même une modératrice, Pied Tendre, qui rigolait à leurs trucs et qui leur disait ‘non mais nous on est obligés de supprimer, non mais vous pouvez vous parler en MP pour continuer hein, nous on peut pas modérer les MPs’ et du coup les harceleurs disaient ‘Ah oui oui on a capté, donc du coup on va se réunir en MPs ‘. ». Au-delà de la grande difficulté d’empêcher le harcèlement, il existe une certaine volonté de ne pas brider les actes des membres du forum, ce qui s’inscrit dans la culture antiféministe et plus généralement la culture des raids.

A la suite de cette histoire de harcèlement, Cédric Ciré, le propriétaire de Webedia à qui appartient jeuxvideos.com, a été reçu au Ministère des droits des femmes où on lui aurait demandé d’agir pour une meilleure modération sur son site. Pour Flo Marandet un travail a été fait : les topics sur elle ont été supprimés, le terme “féminazie” ne peut plus être employé et les modérateurs jouent plus sérieusement leur rôle. Depuis, Flo Marandet affirme qu’ils la laissent beaucoup plus tranquille bien qu’elle reçoive encore des insultes et des menaces de mort… Mais pour elle c’est bien ce qui prouve que s’ils avaient fait leur travail de modération dès le début, jamais elle n’aurait vécu cela.

C) Une gestion difficile qui donne lieu à la création de collectifs spécialisés

Le cas de Flo Marandet n’est pas le premier et sera encore moins le dernier. En effet, lorsqu’une femme prend la parole sur le féminisme sur internet celle-ci se voit très souvent attaquée par la suite. Pour sensibiliser les personnes sur le sujet mais aussi pour soutenir les victimes de cyberharcèlement, des collectifs ont été créés. Parmi eux on peut citer les Effronté-e-s et Féministes contre le Cyberharcèlement. Leur but est de se battre contre le harcèlement en ligne en dénonçant celui-ci. C’est ainsi que le collectif Féministes contre le cyberharcèlement a lancé en décembre 2015 une campagne contre la misogynie décomplexée de certains internautes, accusant, via le hashtag #TwitterAgainstWomen, le réseau social de laxisme dans sa modération des contenus sexistes. Le collectif les Effronté-e-s a quant à lui pris position dans le cas de Flo Marandet en se portant partie civile au procès. Flo Marandet a recueilli d’autres soutiens comme ZeroMacho, collectif d’hommes contre la prostitution et pour l’égalité, une communauté geek féministe ainsi que de nombreuses pages féministes et des associations qu’elle connaissait déjà avant.

Conclusion

Nous avons donc vu que l’antiféminisme se caractérise par différents mouvements. Ceux-ci ne soutiennent pas forcément les mêmes idées mais chacun s’accorde sur le fait que le féminisme tendrait à s’imposer, à vouloir prendre la place ainsi que les droits des hommes. Bien souvent, l’antiféminisme vient donc d’une vision inexacte de ce qu’est réellement le féminisme comme nous avons pu le voir avec le mouvement des Femmes contre le Féminisme par exemple.

Grâce à internet, leurs idées se développent plus facilement et leur discours a plus de résonance ce qui amène à une certaine généralisation de la haine du féminisme, notamment sur des communautés comme jeuxvidéos.com ou Reddit. Ceci allant du simple refus de l’idéologie à l’attaque personnelle. En effet, des féministes se sont vues identifiées par ces communautés et harcelées sur les réseaux sociaux mais aussi en dehors d’internet.

Ces violentes attaques sont un réel problème qui est difficilement gérable. Si la victime tente de se défendre ou de signaler le problème, les attaques se montrent alors encore plus virulentes. Bien souvent, les victimes choisissent donc de se censurer pour ne plus avoir à les subir. Des collectifs ont été créé et permettent de les soutenir et de les aider dans les démarches à suivre pour porter plainte.

Enfin, il est important aussi de noter que les plateformes sur lesquelles les communautés antiféministes se retrouvent et échangent ont une certaine responsabilité dans ces histoires de harcèlement et ont donc un rôle à jouer dans la lutte contre le cyberharcèlement. En effet un vrai travail sur la modération de ces sites permettrait de limiter le harcèlement à l’encontre des féministes ainsi que la banalisation de l’antiféminisme sur le web.

Notes

1. Source des statistiques du forum Blabla 18-25 http://www.rtl.fr/actu/politique/video-quand-melenchon-remercie-le-forum-18-25-ans-de-jeuxvideo-com-7785849370

2. Sujet sur le forum Blabla 18-25 “pourquoi le 18-25 dénigre les femmes et le féminisme http://www.jeuxvideo.com/forums/42-51-49880014-1-0-1-0-pourquoi-le-18-25-denigre-les-femmes-et-le-feminisme.htm

3. Interview du Raptor Dissident https://poulpstereotype.wordpress.com/2016/06/23/interview-de-raptor-dissident/

4. Description de la chaîne Youtube du Raptor Dissident https://www.youtube.com/channel/UC_i-uMpN1lEyuoUGDq-dajQ/about

5.Vidéo “Marion Seclin, Feminisme en déclin” du Raptor Dissident, remise en ligne par un internaute après sa suppression sur la chaîne du Raptor Dissident https://www.youtube.com/watch?v=rbD6HtTMIzs

6. Vidéo “#TasÉtéHarceléeMais… t’as vu comment t’étais habillée ?” de Marion Seclin https://www.youtube.com/watch?v=q_ZUHQFHMBI

7. Bande dessinée d’Alexis du blog “J’aime ça”http://www.jaime-ca.org/article-bd-le-harcelement-de-rue-124194915.html

8. Page wiki de jeuxvideo.com sur le raid contre Flo Marandet https://wiki.jvflux.com/Affaire_Flo_Marandet

Annexes

Annexe 1 : Premiers résultats de la recherche du terme « féministe » sur le forum Blabla 18-25 http://www.jeuxvideo.com/forums/0-51-0-1-0-1-0-blabla-18-25-ans.htm – consulté le 10/02/2017

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Annexe 2 : Commentaires sous la vidéo “#TasÉtéHarceléeMais… t’as vu comment t’étais habillée ?” de Marion Seclin, consultés le 10/02/2016

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Annexe 3 : Post 9gag utilisant un mèmeantiféministe. Consulté le 10/02/2017

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Annexe 4 : Premiers résultats de la recherche du terme « féminazie » sur le forum Blabla 18-25 http://www.jeuxvideo.com/forums/0-51-0-1-0-1-0-blabla-18-25-ans.htm – consulté le 10/02/2017

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Annexe 5 : Extrait d’un post 9gag traitant du féminisme. Consulté le 10/02/2017. http://9gag.com/gag/avZ6WNW

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Annexe 6 : Premiers résultats de la recherche du terme “SJW” sur le forum Blabla 18-25 http://www.jeuxvideo.com/forums/0-51-0-1-0-1-0-blabla-18-25-ans.htm – consulté le 10/02/2017

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